(photo : Emmanuel Perrin]
(photo : Emmanuel Perrin]

À Châteauneuf-du-Pape, les galets roulés stockent la chaleur le jour pour la restituer aux ceps une fois la nuit venue. Une particularité géologique, devenue image d’Épinal, tant elle a contribué à l’image de l’appellation. On n’en viendrait presque à oublier ses autres terroirs, les calcaires, les argiles et les sables.

C’est pourtant de cette mixité que les Châteauneuf-du-Pape tirent leur richesse. Sans oublier bien entendu la cohorte de cépages. Le cahier des charges en autorise treize. Toutefois, le grenache noir domine, avec la syrah, le mourvèdre et le cinsault. Les autres, counoise, muscardin, vaccarèse, picardan…, sont ici plantés en foule, c’est-à-dire mêlés aux autres variétés dans les parcelles. Une pratique qui, au passage, revient au goût du jour. Et puis, il y a le climat : « fils du soleil et du vent », dit joliment Marie-Odile Brunel du château de la Gardine en parlant du cru castelpapal.

Derrière ce paysage, se cache une ruche en pleine effervescence. Certes, Châteauneuf-du-Pape a ses étoiles : Beaucastel, Rayas, La Nerthe, La Janasse, La Gardine, Les Fines Roches… mais depuis quelques années, une nouvelle génération se met ainsi en place, guidée par le souci de bien faire et surtout de pérenniser un patrimoine familial chargé d’histoire.

Premier de nos sept portraits publiés dans Terre de vins N° 48 :

Clos Saint Patrice Monopole
Main dans la main

Transposer le concept de clos bourguignon à Châteauneuf-du-Pape. L’idée a germé dans l’esprit de Samuel Montgermont, directeur général de la Maison les Grandes Serres, après une découverte qui fut, dit-il, « une révélation ».

En 2014, Guy et son fils Jérôme Julian, vignerons dans l’appellation, lui font déguster une cuvée qu’ils qualifient « d’un peu particulière. » Elle provient d’une parcelle d’1,8 hectare posée au cœur du terroir historique, qu’ils ont rachetée en 2009. Subjugué par la puissance et la minéralité du vin qu’il vient de goûter, Samuel Montgermont entame des recherches sur cette parcelle plantée de vieux grenaches à 80 % et de mourvèdre. Dénommée Clos Saint Patrice, il en retrouve la trace dans plusieurs ouvrages du XIXe siècle, dont l’annuaire du Vaucluse de 1863, qui la classe au rang de « grand cru » à l’instar des vignobles de La Nerthe et du domaine de la Solitude.

Le responsable des Grandes Serres convainc les Julian de faire revivre ce titre. Banco ! Les deux vignerons et le négociant scellent un partenariat pour une durée exceptionnellement longue : 18 ans ! Le clos devient Clos Saint Patrice Monopole : une entité à part entière à l’intérieur de Châteauneuf-du-Pape, cadastrée et délimitée par un mur de pierres dont la reconstruction vient de s’achever. La bâtisse d’origine, en cours de restauration, abritera bientôt le siège des Grandes Serres.

Présentée à « Terre de vins » en avant-première sur le millésime 2015, cette cuvée vinifiée à trois, possède la marque des vins d’exception. Aux fruits noirs se combinent des notes de zan et de pierre à fusil repris dans une bouche puissante et complexe soulignée de tanins bien mûrs et d’une belle minéralité. On y perçoit quelques notes florales qui lui apportent de l’élégance. Son prix, 100 €, est à la mesure de sa dimension. Les comparses de cette histoire élaborent un autre châteauneuf-du-pape : le domaine Saint Patrice 2015 (35 €) dont la minéralité et la profondeur rappellent le Clos, son grand frère.

Les Grandes Serres
84230 Châteauneuf-du-Pape, 04 90 83 72 22
www.grandeserres.com