Jeudi 19 Février 2026
Carine Riccobono ©DR
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19.02.2026
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Implanté sur la commune de Cadillac, le Domaine des Perchés, par la voix et l’envie de sa huitième et neuvième générations de propriétaires, entend s’affranchir des codes pour dénicher de nouveaux consommateurs.
Il fallait oser le nom, comme le feront en faisant d’un reproche un argument, les tenants du courant littéraire des Hussards ou ceux de l’école de peinture impressionniste. « À force de me dire que j’étais perchée, j’ai choisi d’assumer en rebaptisant notre vignoble », explique Carine Riccobono. Voilà comment est né le nom du domaine.
La « perchée » a grandi dans la région de Cadillac, cette zone viticole du sud de Bordeaux notamment célèbre pour ses vins liquoreux. Millésime 1974, elle incarne la huitième génération et grandit près du Château Arnaud Jouan, la propriété familiale. « Après une enfance dans cet univers, je pars à Paris pour faire des études d’expertise comptable, puis je reviens à Bordeaux pour faire un master à l’ENITA en sciences agronomiques pour apprendre à gérer des exploitations viticoles », raconte Carine. Nous sommes dans les années 2000, la jeune femme, diplômes en poche, part travailler dans les Costières de Nîmes et le sud-est de la France la voit aussi devenir une mère.
En 2019, le père de Carine, Michel Darriet, décède. C’est la bascule d’une vie : « Un de mes fils, Marius, qui est devenu vigneron, qui a travaillé chez François Chidaine ou au Clos Marie en Pic Saint-Loup, me dit qu’il souhaite reprendre la propriété familiale et là nous avons décidé de nous retrousser les manches ». Le domaine pèse 60 hectares et est suspendu à une pratique conventionnelle, il s’agit de tout changer. Carine et Marius décident de partir d’une feuille blanche, celle de terres où les vignes avaient été arrachées il y a près de vingt ans.
Sur ces sols argilo-limoneux ou de graves qui ont pu se régénérer, ils choisissent l’agriculture biologique puis biodynamique. Les vignerons en profitent pour planter aussi des cépages oubliés, comme le mancin, ou des cépages qui ne sont pas du bordelais, la syrah. « De fait, on est sorti de l’appellation pour l’IGP Atlantique, en plus je plante alors que tout le monde arrache, s’ajoute à ça que j’étais toujours dans les coteaux, qu’il pleuve ou qu’il vente, on me dit une fois, deux fois, trois fois que je suis perchée… », s’enthousiasme Carine. Les cuvées sortent des chais où se trouvent des amphores.
Le premier millésime en vente est le 2023. La gamme se décline en quatre vins avec le choix d’une bouteille hors des codes de Bordeaux. Les étiquettes des deux premiers s’inspirent du tarot de Marseille, la première bouteille est un assemblage de syrah, de cabernet franc et de malbec ; la seconde un blend de sémillon, de sauvignon blanc et de sauvignon gris. Carine et Marius veulent faire du vin et raconter une histoire pour faire revenir les jeunes à la consommation du vin. Les deux autres cuvées sont ornées d’étiquettes qui proviennent de toiles de l’artiste Jean Vallon. Ce sont des séries limitées : Rù est un vin blanc de sémillon de macération et GPS est un très beau vin liquoreux qui rappelle l’âme du lieu. Une boutique est perchée en ligne !


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