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Face au réchauffement, le retour des arbres à la rescousse de la vigne

Auteur

AFP

Date

02.06.2026

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Au cœur des coteaux du nord rhodanien, largement couverts de vignes en monoculture, la parcelle de Pierre-Jean Villa est une curiosité. Elle est enrichie d'érables et d'arbres fruitiers destinés à protéger, et stimuler, un raisin sous pression climatique.

Doucement, la viticulture française s'essaie à la « vitiforesterie ». Un mot nouveau pour une pratique ancestrale qui consiste à faire voisiner la vigne avec les arbres, ce que l'Italie ou la Grèce n'ont jamais cessé de faire.

« Ici, au début du XXe siècle, il y avait un verger, un potager, des vignes... L'idée est de recréer un peu ce qui se faisait. On a même remis des moutons, des abeilles », décrit Pierre-Jean Villa depuis sa parcelle dédiée qui dégringole vers le Rhône, les Alpes à l'horizon.

La fin des vignes en plein soleil ?

Il y a dix ans, ce terrain voisin des précieux Condrieu et Côte-Rôtie mais hors AOC,  était en friche. Son rachat a coïncidé avec l'arrivée au domaine de Hugo, son fils, fraîchement diplômé de Montpellier SupAgro avec une idée fixe : « contrer les méfaits du réchauffement ».

« L'agroforesterie est une piste », confirme le père. Comme homme de la terre, il constate chaque jour la précocité des vendanges, les coups de chaud, la sécheresse, ou encore « la pluie d'une soudaineté et d'une violence qu'on n'avait pas avant ».

Le duo se lance alors dans une aventure à la fois technique et familiale, épaulé par les experts du parc régional voisin : choix d'essences locales, orientation, équilibre à trouver en matière d'ombre et d'humidité... C'est ainsi que 400 pommiers, poiriers, pêchers, noisetiers et cognassiers poussent depuis 2020 en alignements touffus, tous les 15 rangs de syrah.

S'il est encore prématuré d'en tirer des conclusions définitives, la parcelle s'est plutôt mieux sortie que les autres des 20 jours de canicule d'août 2025, affichant un rendement « correct », relève M. Villa, par ailleurs président de l'appellation Condrieu.

Christian Dupraz, directeur de recherche à l'INRAE, abonde dans son sens : « Quand on a eu 40 °C l'an dernier, nos vignes agroforestières ont parfaitement résisté. »

En 1997, ce pionnier lançait dans l'Hérault une parcelle-test, un peu iconoclaste pour l'époque, pour faire revenir les arbres au milieu des cultures. Ses enseignements sont précieux : les arbres limitent les dégâts du gel printanier — la hantise des viticulteurs — et fournissent une ombre ainsi qu'une évapotranspiration salvatrices.

Rappelant que la vigne est à l'origine une liane poussant sur les arbres, le scientifique insiste : « Les températures sur les feuilles et les baies sont réduites. Cela peut sauver une production. Car si désormais nous dépassons régulièrement les 40 °C l'été, il ne sera tout simplement plus possible de cultiver la vigne en plein soleil. »

Des exploitations plus « attractives »

De Bordeaux au Languedoc, et même en Champagne, on replante. Plusieurs régions proposent désormais des aides financières, et les douanes ont défini un cadre légal en 2024. Aujourd'hui, 2 à 5 % des surfaces viticoles sont concernées à des degrés divers selon l'Association française d'agroforesterie, qui évoque une « dynamique croissante face aux aléas climatiques ».

Bernard Farges, président du Comité national des interprofessions des vins (CNIV), tempère toutefois et ne voit pas encore d'élan majeur : « Le gain espéré s'inscrit sur le long terme. Vu les difficultés actuelles du secteur, certains ont d'autres priorités. »

Pourtant, dans le contexte actuel de déprise viticole et d'abandons de surfaces, « il y a de la place pour les arbres », fait valoir l'expert de l'INRAE, qui y voit aussi un enjeu d'image et de valorisation :

« Le viticulteur qui a du mal à gagner sa vie ne va pas planter des arbres pour produire plus de raisin, mais pour que son exploitation soit belle, attractive. C'est un projet intergénérationnel, difficile à initier, mais l'arbre constitue un véritable capital pour la génération suivante. »

Chez les Villa, la jeune parcelle vitiforestière est déjà la préférée du chef de famille : « C'est ma plus belle réalisation. Il y a toute ma région ici : l'environnement, les sables granitiques, les échalas (tuteurs) de la vigne, les fruits de mon enfance... »

Des confrères bordelais sont déjà venus observer la méthode, suivis aujourd'hui par les viticulteurs voisins, pourtant moins durement menacés sur le plan climatique ou commercial qu'en Gironde.

Pour Pierre-Jean Villa, les nouvelles générations sont prêtes pour ce grand retour du végétal : « On pourrait commencer par remettre des séparations arborées entre voisins. »

Article écrit avec AFP