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Pessac-Léognan dans toute sa diversité

Auteur

Henry
Clemens

Date

13.07.2026

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Un événement dédié à l’appellation Pessac-Léognan a réuni le 23 juin une sélection de propriétés accompagnées par Vignerons Consultants, sous la supervision complice de quelques propriétaires et directeurs présents. Les ateliers et dégustations géo-sensoriels – commentés et analysés – visaient à rendre lisibles les orientations prises par les différents domaines au cours des derniers millésimes. Un événement pour revenir sur quelques idées reçues et lieux communs concernant Pessac-Léognan.

La conférence et les quatre séries de dégustations géo-sensorielles animées par l’équipe au complet ont exploré l’appellation Pessac-Léognan sous l’angle de sa diversité, de son histoire, de ses pratiques et de l’influence déterminante des terroirs sur les styles de vins.

Une diversité de terroirs, de pratiques et de styles de vins.

La présentation inaugurale passa rapidement en revue l’histoire de Pessac-Léognan (l’héritière des Graves, créée en 1987 autour de ses 14 crus classés), les consultants sont longuement revenus sur sa géologie en mosaïque (calcaires, sablo-graveleux, graves de différentes terrasses, marnes, argiles, alios, argile ferrique, colluvions argilo-calcaires), son climat océanique, l’impact de l’urbanisation.

L’événement studieux rassemblait producteurs, journalistes, dégustateurs et techniciens et visait à une meilleure compréhension de l’AOP, au-delà des clichés, via des ateliers interactifs et une table ronde environnementale conclusive. L’atelier immersif mené par les consultants débutait par une judicieuse dégustation comparative de cinq lots de cabernet sauvignon 2025 issus de sols distincts : graves sableuses pour le château Seguin, sable et graves fins pour le domaine de Chevalier, graves sableuses sur calcaire pour La Mission Haut-Brion, graves sableuses sur argile pour un autre château Seguin et des graves argilo-sableuses rubéfiées pour le château Couhins. Entre charme, énergie saline ou aspect racinaire, le moment révéla avec force l’empreinte de la nature des sols.

La dégustation des vins rouges du Château les Carmes Haut-Brion 2009, 2015 et 2021 révélait les évolutions stylistiques et techniques, avec les éclairages de son directeur technique Guillaume Pouthier. L’accent sera enfin mis sur la belle et singulière facture des blancs de Pessac-Léognan. L’équipe de Vignerons Consultants reviendra sur leurs évolutions stylistiques (gestion du sauvignon blanc) avec la dégustation – et les explications de texte de la directrice générale Charlotte Mignon – du Château Larrivet Haut-Brion 2011, 2018 et 2023, suivie par celle du Domaine de Chevalier 2017, 2022 et enfin du Château Couhins 2018 et 2023. Une dégustation qui démontrait, s’il le fallait encore, comment sol et sous-sol modulent arômes, textures et structures, orientent les choix viticoles et œnologiques à travers la densité de plantation, la gestion de la maturité, l’extraction ou encore l’assemblage. 

Des itinéraires singuliers pour une même recherche de fraicheur

Les Carmes Haut-Brion, Larrivet Haut-Brion, Domaine de Chevalier, Couhins ou encore Seguin, décrivent une profonde transformation de la viticulture et de la vinification afin de préserver la fraîcheur, la buvabilité et l’identité d’un terroir en prise au réchauffement climatique. Aux Carmes, la bascule vers une approche parcellaire et pédologique (co-fermentations), l’utilisation de vendanges entières, de levures indigènes et l’élevage prolongé en barriques, foudres ou amphores a abaissé les degrés, relevé l’acidité et affiné les textures. Les dégustations des blancs de Larrivet-Haut-Brion et de Chevalier révèlent le passage d’un style opulent et boisé vers des profils plus tendus et réducteurs, voire bourguignon, (!) via la gestion du feuillage, un pressurage mesuré, le travail sur lies et l’utilisation de grands contenants. Si les itinéraires techniques divergent selon les terroirs (argilo-calcaires versus graves), ils convergent vers des vins plus précis, énergiques et identitaires. Des évolutions largement illustrées par les différentes dégustations.

Table ronde : Adaptation du vignoble de Bordeaux au changement climatique

En fin de matinée, les intervenants ont débattu de l'adaptation du vignoble de Bordeaux face au réchauffement climatique, en se concentrant sur les défis de la gestion de l'eau, les pratiques agroécologiques et la sélection de matériel végétal. Les solutions explorées ont inclus l'agroforesterie, la polyculture, la récupération des eaux de pluie, et une meilleure gestion des sols pour préserver l'humidité. L’échange des bonnes pratiques à la lumière des expérimentations de chacune et de chacun prima encore. Il fut également rappelé qu’au-delà des aspects techniques, il y avait la nécessité pour la filière de se réinventer économiquement en reprenant le contrôle de la distribution et en développant une communication plus authentique axée sur les marques individuelles, laissant la main aux ODG pour des messages plus généralistes. Rome ne s’est pas faite en un jour, mais on quitta les lieux avec l’intime conviction que ce séminaire inaugural, didactique, fut certainement une importante première pierre à l’édifice de reconquête du marché avec un storytelling fortement revisité.