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Le bouchon dans la boîte à outils de haute précision de Diam

François Margot, directeur commercial et marketing©F.Hermine

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

24.06.2026

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Diam Bouchage poursuit son travail de maîtrise de l’oxygène en lançant en parallèle le service Moove de contrôle sur mesure de la perméabilité des bouchons et en étendant sa gamme Liox aux vins tranquilles. Il ambitionne de faire du bouchon un instrument de haute précision.

Oubliée l’image du simple bouchon, Diam mise sur la précision, la recherche et une maîtrise fine de l’oxygène pour accompagner les vins tout au long de leur vie. Numéro deux mondial du bouchage en liège pour les vins et spiritueux, l’entreprise, filiale du groupe Œneo, équipe chaque année 2 milliards de bouteilles dans 85 pays et emploie 750 personnes. La France représente environ 20 % des ventes du groupe. La recherche est devenue un pilier stratégique. Diam consacre à la R&D 2 à 3 % de son chiffre d’affaires de 210 millions d’euros (au dernier exercice clos au 31 mars). Depuis 2017, le groupe s’appuie sur un pôle œnologique qui emploie 25 personnes, dont une dizaine de thésards travaillant sur le vieillissement du vin.

Jusqu’au bout de la création 

Derrière cette puissance industrielle, l’ambition est de transformer le bouchon en outil d’expression du vin. « En proposant des obturateurs dont nous savons moduler l’apport en oxygène, nous offrons la possibilité au vigneron d’affiner jusqu’au bout sa création », estime Eric Feunteun, directeur général de Diam Bouchage. « L’innovation est notre ADN », résume François Margot, directeur commercial et marketing. Dans un marché du vin sous pression, le groupe veut convaincre qu’il faut « améliorer la maîtrise pour donner aux producteurs davantage de régularité et de liberté stylistique, garantir l’équilibre et le potentiel de garde des vins. Plus le bouchage est adapté, plus le vigneron peut choisir le profil qu’il souhaite donner à ses cuvées. » 

Deux phénomènes sont complémentaires : l’OIR (Oxygen Initial Release) qui correspond à la quantité d’oxygène libérée après la mise en bouteille, en particulier dans les premiers mois, et l’OTR (Oxygen Transmission Rate), la quantité d’oxygène qui traverse le bouchon au fil du temps. Le premier paramètre influe davantage sur les vins blancs aromatiques, les rosés, les vins peu sulfités et peut entraîner une perte d’intensité, un vieillissement prématuré ou une altération de la couleur ; le second peut accélérer l’oxydation et réduire la durée de vie du vin. La perméabilité du bouchon doit donc prendre en compte ces deux paramètres.

Equipe Diam Bouchage derrière son PDG Eric Feunteun©F.Hermine

Une gamme pensée comme un levier œnologique

Chaque référence répond ainsi à un usage précis. Diam distribue d’ailleurs des sachets d’échantillons aux vignerons pour leur permettre de tester les différentes étanchéités. « Les bouchons les plus hermétiques favorisent la minéralité et les thiols, tandis qu’une légère perméabilité peut faire évoluer le vin vers des arômes de fruit plus mûrs avec une touche de sucrosité », analyse François Margot. Le bouchon ne se contente donc pas de fermer la bouteille, il oriente le style. Diam-5 garantit l’étanchéité pour cinq ans, Diam-30 pour trente ans. LiOX réduit l’entrée d’oxygène à l’embouteillage pour les effervescents. Il vient d’être étendu à LiOX VT qui réduit de moitié l’apport d’oxygène dans les six premiers mois par un phénomène de désorption du CO₂ contenu dans le liège. À l’inverse, Moove, véritable service de perméabilité contrôlée à la demande, aide à jouer sur l’évolution aromatique. Nicolas Galy, chef de projets R&D, résume cette logique en une formule simple : « LiOX réduit l’oxygène dans le temps, Moove l’augmente. » Le premier convient aux vins sensibles à l’oxygène, comme certains blancs, des vins sans soufre ou des no-low. Moove s’utilise plutôt pour des rouges à base de mourvèdre, syrah, tempranillo, des vins de garde et tanniques.

Trois dégustations comparatives

Pour illustrer concrètement son travail, Diam a organisé trois dégustations comparées. La première portait sur un champagne Verzenay grand cru, à 73 % pinot noir et 27 % chardonnay, dosé à 2,4 g/l et six mois de dégorgement. Face à face : un bouchage Diam-10 et un bouchage LiOX. Avec LiOX, « la quantité d’oxygène relarguée dans la bouteille est divisée par deux », précise Nicolas Galy. « Le vin gagne donc en fraîcheur, en complexité sur les fruits blancs, en tension et en potentiel de garde. Il s’adresse davantage aux vins destinés au grand export ou stockés longtemps, tandis que celui en Diam 10 convient mieux aux ventes au caveau et au CHR, où la rotation est plus rapide. »

Deuxième test : un Sauvignon Blanc 2007 embouteillé en 2008, avec, en comparaison, un obturateur synthétique et un Diam-30. Le contraste visuel est parlant. Le premier, oxydé, a viré à l’orange, tandis que le second a conservé une couleur jaune clair avec un goût moins évolué. Ce qui tend à prouver que plus on contrôle l’oxygène, mieux on préserve la couleur et la ligne aromatique du vin.

La troisième dégustation concernait un côtes-du-roussillon grenache blanc-roussanne de 2011, élevé en barrique neuve pour une garde de 5 à 10 ans. Avec un Diam-5, le vin reste frais et salin ; avec un Diam-30, il se montre plus rond et aromatique sur des fruits mûrs et des notes toastées. 

Diam Bouchage ©F.Hermine

Les nouveautés de 2025

Parmi les lancements, Collection By Diam occupe une place à part. Présenté en 2025, ce bouchon à base de micro-aggloméré habillé d’une fine feuille de liège est destiné aux spiritueux blancs et vise à éviter toute coloration. Autre axe de développement : les têtes de bouchons pour spiritueux fabriquées à partir de déchets recyclés et coproduits de distillation (brisures de bois, drêches de whisky, marc de pommes, lavandes, écorces d’oranges). Le groupe s’attache également à élargir sa gamme biosourcée avec de nouveaux matériaux tels la cire d’abeille ou l’huile de ricin. Aujourd’hui, Diam produit déjà 100 millions de bouchons biosourcés sur ses 2 milliards d’unités annuelles. Ils pourraient ouvrir de nouveaux marchés, même si le surcoût reste un frein important, notamment en France. Aux États-Unis, la part de marché approche 30 %, alors qu’elle ne dépasse pas 2 % dans l’Hexagone. 

Le liège, matière première stratégique

L’entreprise, certifiée ISO 14001, travaille, très en amont des usines, sur la plantation et la régénération des chênes-lièges. « Les arbres peuvent vivre jusqu’à 250 ans et leur exploitation peut s’étaler sur plusieurs dizaines d’années. Notre objectif est de réduire les délais entre les levées, tout en construisant une filière plus stable et plus durable. C'est un agent d’aménagement du territoire », insiste François Margot. Diam travaille aussi à accélérer la première récolte de liège pour passer d’environ 40 ans à 10-15 ans. Le groupe réfléchit à développer des zones de plantation dans les Pyrénées-Orientales, le Gers et les Landes sans occulter les contraintes et les freins, en particulier le besoin en eau, la densité de plantation, l’irrigation, la viabilité économique. Une étude est également en cours en Corse. Diam défend aussi une vision environnementale du liège, considéré comme un puits de carbone. Cette dimension s’inscrit dans une stratégie plus large de construire une filière intégrée, notamment en collaboration avec le Comité national du liège, à l’image de ce qui existe au Portugal. Diam Bouchage s’était engagé en 2019 dans un plan de réduction de son impact carbone de 15 % d’ici 2025, et d’un tiers supplémentaire d’ici 2030.