Samedi 28 Mars 2026
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28.03.2026
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À l’occasion de sa 10e édition, le concours Vignerons et Terroirs d’Avenir, porté par AdVini, confirme son rôle de tremplin pour la nouvelle génération viticole. Bien au-delà des dotations, ce sont surtout des trajectoires que ce dispositif transforme, comme en témoignent ses anciens lauréats.
Il y a dans l’air de cette soirée d’anniversaire quelque chose de plus qu’une simple rencontre professionnelle. Un mélange d’émotion, de souvenirs et de reconnaissance. Nous sommes au Domaine du Mas Neuf, à Vic-la-Gardiole, où près de vingt anciens lauréats du Concours Vignerons et Terroirs d’Avenir ont fait le déplacement. « Depuis dix ans, on voit émerger une génération de vignerons qui bouscule les codes, qui réfléchit différemment à son métier, glisse en ouverture Antoine Leccia, président-directeur général d’AdVini. L’idée, avec ce concours, c’est justement de les accompagner à un moment clé, de les aider à structurer leur projet et à prendre les bonnes directions dès le départ. »
Cette atmosphère particulière tient justement à cela : il ne s’agit pas seulement de célébrer des lauréats, mais de mesurer le chemin parcouru, les choix opérés, les trajectoires qui ont pris forme au fil des années. Aucun trophée n’est remis ce soir-là. Les candidats de cette 10e édition passeront devant le jury le lendemain. Le temps est laissé aux échanges, aux dégustations, aux récits. Dix ans après sa création, le concours, initié par AdVini en partenariat avec le Crédit Agricole et l’Institut Agro Montpellier, s’est imposé comme un rendez-vous à part dans le paysage viticole.
Derrière ce dispositif, des acteurs jouent un rôle clé : les étudiants de l’Institut Agro Montpellier. Tout au long du concours, ces futurs ingénieurs accompagnent les candidats sur le terrain, analysent leurs projets, challengent leurs choix et participent à structurer leur réflexion. Un travail de fond, souvent cité par les lauréats comme l’un des apports les plus déterminants.
Pour Carmen Etcheverry, directrice durabilité, qualité et communication du groupe AdVini, cette dimension est centrale : « Ce qui fait la force du concours, c’est cet accompagnement humain, avec un regard extérieur qui permet aux vignerons de prendre du recul et dFe structurer leur projet. » Une approche qui dépasse le simple cadre de la compétition et explique, en partie, l’impact durable du dispositif. Mais très vite, au fil des discussions, le sujet glisse ailleurs.
Chez les anciens lauréats, une constante revient. Presque tous parlent d’un avant et d’un après. Installé au Domaine Reniteo, en Côte Roannaise, David Michelis, lauréat en 2022, ne mâche pas ses mots : « Le concours m’a fait gagner dix ans de réflexion. C’est un vrai accélérateur de particules ! » Un apport qui dépasse largement la dotation financière — même si celle-ci lui a permis d’investir concrètement : conservation d’un cépage ancien, plantation de chenin, mise en place d’une cuve de récupération d’eau et d’une chaudière à sarments pour gagner en autonomie.
Au Domaine de La Calmette, à Cahors, Maya Sallée, lauréate en 2017 avec Nicolas Fernandez, se souvient d’un déclic presque déroutant : « On arrive avec un plan… et on nous demande : qu’est-ce que vous voulez vraiment ? Ça nous a permis de verbaliser notre ambition. De dire qu’on voulait compter. » Au-delà du financement, elle insiste sur ce temps suspendu : « On n’était plus dans l’urgence du quotidien. On a pu réfléchir à ce qu’on voulait vraiment faire. »
Même sentiment chez Jenia Vasiljeva et Thibaud Vermillard, du Domaine Ampelhus, lauréats en 2019 : « Le concours agit comme un révélateur, obligeant à clarifier une vision et à l’assumer », explique la jeune vigneronne. « Il vient répondre à une question : « Comment je peux t’aider ? », ajoute son compagnon.
Pour les plus jeunes installés, ce travail se traduit immédiatement dans les choix du domaine. Au Mas Origine, à Montpeyroux, Laura Balsan, lauréate en 2023, évoque un passage décisif : « On a tout passé en revue : la vigne, le marketing, nos valeurs, l’économie… Ça nous a permis de prendre des décisions qu’on n’aurait peut-être pas prises autrement. » Au Domaine des Deux Clés, dans les Corbières, la dotation a permis une réponse très concrète à un problème de terrain : l’installation de cinq hectares de clôtures pour protéger les vignes des sangliers devenus trop invasifs.
Mais certains projets vont encore plus loin, en redéfinissant le rôle même du domaine viticole. Au Domaine de Mirabeau, à Vic-la-Gardiole, Pauline Chatin, lauréate en 2017, a développé avec les Vignes de Cocagne un modèle unique mêlant viticulture et insertion sociale. Ici, des personnes éloignées de l’emploi sont formées pendant deux ans aux métiers de la vigne avant d’intégrer durablement la filière. « On recrute sans expérience, mais avec l’envie. Et au bout de deux ans, ils sont opérationnels », explique-t-elle. Un projet atypique, où le vin devient aussi un levier d’inclusion.

Tous le disent : le concours agit comme un catalyseur. « C’est un brainstorming accéléré », résume David Michelis. Au Domaine Graeme & Julie Bott, dans la vallée du Rhône, Julie Bott, lauréate en 2018, évoque aussi cette accélération : « Le concours a été une énorme bouffée d’oxygène qui a permis de rassurer les banques et de structurer notre projet plus rapidement. Sans compter le coup de projecteur médiatique sur le domaine… » Anecdote de cette soirée : l’un des anciens étudiants de Sup Agro est devenu leur employé depuis peu. Mais l’impact ne s’arrête pas là. « On est tous des jeunes installés, on vit les mêmes galères… c’est facile de s’appeler pour se donner des conseils, se motiver, prendre soin les uns des autres. Cette petite famille nous nourrit aujourd’hui ! », confie Maya Sallée.
Au fil de la soirée, les verres se remplissent, les discussions s’animent, les souvenirs circulent. Ici, pas de mise en scène, mais des trajectoires qui se racontent. Le concours, au fond, se vit peut-être davantage après qu’au moment où il se gagne. Le lendemain, place au jury. Pour cette 10e édition, trois projets sont finalement distingués : Vincent Jamet (Vignoble de la Tour d’Arras, Saint-Joseph), Kevin Foucher (Domaine des Crocs Blancs, Savoie) et Yannick Pras (Domaine des Ardaillons, Côte Roannaise). Trois nouveaux noms qui viennent s’ajouter à une longue liste. Et peut-être, déjà, les premières lignes d’un récit qu’ils mettront des années à raconter.


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