Accueil Actualités 166ème vente des Hospices de Beaune : peu de vin mais une très belle qualité

166ème vente des Hospices de Beaune : peu de vin mais une très belle qualité

©Jean-Michel Brouard

Auteur

Jean-Michel
Brouard

Date

22.10.2026

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La conférence de presse d’avant-vente se tenait ce matin à Paris et a permis d’entrevoir les grands marqueurs de la vente aux enchères qui aura lieu, comme à l’accoutumée, le troisième dimanche de novembre, soit le 15 du mois prochain.

« 432 pièces, ainsi que 2 feuillettes, réparties sur l’ensemble des appellations que couvrent les 60 hectares du vignoble des hospices civils de Beaune, le tout se répartissant en 348 pièces de rouges et 84 pièces plus 2 feuillettes de blancs. » L’annonce de Ludivine Griveau, régisseur du domaine, était évidemment ô combien attendue pour pouvoir esquisser, comme chaque année, l’ampleur de cette vente aux enchères viticoles la plus prestigieuse au monde. Un volume qui marque un véritable retrait en comparaison des autres années, avec seulement une demi-récolte pour les blancs et 60 % des volumes habituels en rouge. Pour autant, l’enthousiasme de Ludivine était de mise au moment d’évoquer la qualité du millésime à l’issue d’une saison totalement inhabituelle.

Un jamais-vu climatique

Pour comprendre la physionomie du millésime 2026 et pourquoi les vignes, qui ont pourtant subi des conditions dantesques, ont finalement très bien résisté et n’ont globalement pas connu de blocages de maturité, Ludivine a tenu à insister sur les importantes réserves hydriques qui ont pu être reconstituées au cours de l’automne et de l’hiver 2025-2026. Cette eau providentielle, tombée en grande quantité, a certes retardé un certain nombre de travaux à la vigne, mais a surtout permis d’accompagner les plantes jusqu’aux vendanges sans heurts majeurs.

Ceci posé, le millésime a toutefois distillé son lot de surprises. La première étant sa très grande précocité avec les premières pointes vertes sorties dès le 15 mars, soit dix jours en avance sur le précoce 2025… Le cycle végétatif s’est ensuite accéléré à la faveur d’un mois d’avril quasi-estival, extrêmement ensoleillé et chaud, laissant alors percevoir une récolte enfin abondante après des années difficiles, d’autant que la pression des maladies cryptogamiques était alors et restera jusqu’au bout vraiment très contenue. Malheureusement, les espoirs vont être en partie douchés par le retour du froid qui a provoqué du filage et l’épisode de grande chaleur de mai pendant la floraison qui a conduit à beaucoup de coulure et d’avortement des fleurs. Les pertes de récolte se sont principalement jouées à ce moment, notamment sur les chardonnays. Juin à août sera une succession de vagues de chaleur avec des moyennes de températures de plus de 4 degrés supérieures à la norme tout au long du cycle végétatif. Puis premières grappes fermées au 15 juin, « du jamais-vu depuis vingt-six ans que je fais ce métier », témoigne, encore surprise, Ludivine. Véraison terminée fin juillet-début août et premiers coups de sécateurs donnés dès le 15 août, tant sur les pinots noirs que les chardonnays, dont la maturation a fini par s’harmoniser. In fine, neuf jours de vendanges seulement du fait du peu de volume et du peu de tri à effectuer.

Une grande qualité et une pièce des Présidents prestigieuse

Immédiatement, les rouges ont montré tout leur potentiel avec une très belle extraction des tanins et une aromatique puissante, justifiant des macérations courtes et de faibles pigeages. Les blancs, manquant un peu de fraîcheur du fait de niveaux d’acidité moyens, ont été pour leur part travaillés avec une partie des lies afin de retrouver des équilibres justes et éviter que le terroir ne s’efface derrière la marque climatique. Mais Ludivine l’assure, « si c’était à refaire, je choisirais ces mêmes dates de vendanges très précoces car tout était mûr et prêt ». Tout juste concède-t-elle qu’elle aurait peut-être aimé commencer les blancs quelques jours plus tôt. Quoi qu’il en soit, elle a tenu à afficher sa grande satisfaction quant à la qualité des vins.

De gauche à droite : Bettina Ramelet, DG adjointe de l'assotiation ARSLA, Marie-Anne Ginoux DG de Sotheby's France, Guillaume Koch directeur et président du directoire des Hospices civils de Beaune, Ludivine Griveau, Pierre Bolze, maire de Beaune, et Bettina Rabaud, présidente de DEBRA France ©JMB

Tout un chacun pourra en outre se faire un avis sur cette dernière lors de la dégustation publique qui se tiendra le samedi 14 novembre, dès 8 h 30, à l’Hôtel-Dieu de Beaune. La pièce de charité dite « des Présidents » n’est pas en reste et s’annonce absolument exceptionnelle, issue de la parcelle grand cru de Clos de Vougeot offerte l’an passé par la famille Faiveley au domaine. Celle-ci bénéficiera comme chaque année à deux associations : l’ARSLA, qui lutte pour faire avancer la recherche et mieux connaître la maladie de Charcot qui, chaque jour en France, touche sept nouvelles personnes et en tue sept, ainsi que l’association DEBRA France. Celle-ci œuvre à faire, là aussi, progresser la recherche mais avant tout à faire connaître une maladie extrêmement rare, l’épidermolyse bulleuse, qui touche les enfants dès la naissance et rend leur peau (et d’autres organes) d’une fragilité extrême au point de provoquer des blessures par le simple contact avec la couture d’un vêtement.

Espérons donc que cette pièce de charité atteindra un montant record, dépassant celle de 2025 qui avait été enlevée pour 400 000 €. Et, plus généralement, souhaitons, en dépit des faibles volumes (107 pièces de moins par rapport à l’an dernier), que la vente puisse tutoyer les 18,75 millions d’euros récoltés l’an passé, montant destiné à soutenir évidemment le fonctionnement de l’hôpital de Beaune.