Trente secondes de conversation avec Jérôme Ossard, directeur technique pour le vignoble à la coopérative de Tutiac, suffisent pour l’entendre dire ce que seront les vendanges 2011 chez une grande partie des vignerons de la région. « Ce sera un millésime difficile », explique-t-il, installé dans les nouveaux locaux de cette vaste structure se trouvant à Marcillac, à 50 kilomètres au nord de Bordeaux. « Nous avons une bonne dizaine de jours d’avance pour les blancs. Après le temps exceptionnellement chaud du printemps et une floraison de la vigne en mai, on pensait même récolter au 15 août ! L’été pluvieux et froid a rogné une partie des trois semaines d’avance initiales. Pour les rouges, nous pensons débuter la récolte entre le 10 et le 15 septembre. »
Avant même de goûter le moindre vin et d’en estimer la qualité, ce bébé 2011 a donc déjà une marque de fabrique : une précocité historique !  Dès le jeudi 18 août dernier, on sortait les sécateurs pour les blancs à Pessac-Léognan, l’AOC bordelaise historiquement la plus précoce.
Aux Châteaux Carbonnieux, Smith Haut Lafitte ou Haut-Brion, cadres et personnel étaient déjà rentrés de vacances afin de s’adapter au calendrier atypique de l’année. Dans la foulée, l’Entre-deux-Mers et le Blayais sortaient à leur tour les machines.

Aussi précoce qu’en 2003

En matière de précocité, ce 2011 est sur les traces du 2003. À l’époque, c’est l’été caniculaire qui avait amené les producteurs à précipiter leur retour de congés pour récolter en août.
Rien à voir avec cette année, où l’avance, connue depuis mai, a été anticipée. Rien à voir non plus, a priori, dans le verre, puisque les nuits fraîches de cet été devraient amener des vins bien plus équilibrés et agréables que des 2003 enfantés dans la chaleur.
« Avec une météo clémente, les millésimes 2009 et 2010 furent bien plus faciles à gérer au niveau des vendanges, avec une belle qualité au bout, pratiquement pour tous. 2011 nous rappelle que rien n’est gagné et que seuls feront du bon vin les producteurs professionnels dans leur métier, pas les autres. On redécouvre les difficultés. Je suis cependant optimiste sur le potentiel de ce 2011 », détaille Jérôme Ossard.
Réussiront donc ceux qui ont fait leurs traitements anti-pourriture et bichonné leurs vignes cet été. Notamment avec les indispensables (et coûteux) travaux en vert (effeuillage, éclaircissage…).