Les vignerons du grand cru Praelatenberg s’unissent pour relancer la biodiversité en Alsace. Le 10 mars, ils ont planté un rang d’arbres fruitiers et d’arbustes au pied de leurs vignes. Cette opération Les Grands Crus en Fleurs est un premier test, l’ambition est de l’étendre à la totalité des 51 grands crus d’Alsace.

Si la vigne se plante au printemps, les arbres prennent normalement racine à la Sainte Catherine, ou tout au moins en novembre. C’est ce qu’avaient prévu de faire les vignerons d’Orschwiller-Kintzheim (Bas-Rhin) pour effectuer leur plantation de haies et d’arbres fruitiers. Le confinement est passé par là. Ils ont remis la plantation au 9 février, juste quand le froid et la neige sont venus rappeler à tous que l’hiver n’était pas fini. Finalement, la plantation a eu lieu sous le soleil le 10 mars, avec la présence active des 12 vignerons qui possèdent des vignes sur les 18,70 hectares du Grand Cru Praelatenberg de Orschwiller-Kintzheim. Littéralement “montagne des prélats”, ce terroir a été reconnu dès 823 par les moines vignerons de l’Abbaye d’Ebermunster qui l’exploitaient. Il est orienté est-sud-est et convient particulièrement au riesling, qui en couvre 43% et au gewurztraminer (42%). Pinot gris (11%) et muscat (4%) se partagent le reste de la surface.

Des arbres fruitiers pour la biodiversité

Les Grands Crus en Fleur, le retour de la biodiversité est un projet initié par la section Grand Cru au sein de l’AVA (Association des Viticulteurs d’Alsace) : il fallait amener ou ramener la biodiversité sur les terroirs d’exception que sont les grands crus. Le projet doit s’étendre à l’ensemble des 51 grands crus d’Alsace, mais pour le moment, le Praelatenberg a été choisi comme galop d’essai. Sa situation au pied du Haut-Koenigsbourg, un des lieux les plus visités du Grand Est n’y est sans doute pas étranger. Dans la pratique, deux locaux ont amené le projet à sa concrétisation : Olivier Bemrich, vigneron aguerri, un des trois adhérents de la cave coopérative Les Faitières présents sur le cru et Pierre Engel, un jeune de 25 ans qui reprend avec son frère le domaine familial. Ils se sont appuyés sur l’expertise de deux associations, Alsace Nature qui milite depuis 1965 pour la protection de la nature et le développement de la biodiversité en Alsace et Haies Vives d’Alsace, association de promotion de l’arbre champêtre depuis 2013. Avec ces spécialistes, ils ont pu déterminer les essences à privilégier pour encourager la biodiversité en suivant les traditions locales. D’où la présence bien sûr de cerisiers, mais aussi de pêchers, de cormiers, de merisiers, ces derniers étant bien présents dans le bois au-dessus des vignes. Le projet est principalement soutenu par la caisse locale Groupama de Sélestat, mais les vignerons ont bon espoir d’être également aidés par les deux communes qui abritent leur grand cru.

Un effet rapide sur la vigne

Deux semaines après la plantation, Pierre Engel se réjouit en voyant les premiers bourgeons poindre sur les fruitiers. L’entretien est simple, il suffit d’arroser au début et surtout de pailler aux pieds afin d’éviter les adventices et maintenir l’humidité. Il se dit optimiste : “Dans la viticulture, on est lié au temps, mais l’effet des arbres et des haies devraient être rapide. D’ici cinq à dix ans, on verra certainement les bénéfices de la biodiversité”.