Accueil Au royaume Janoueix

Auteur

La
rédaction

Date

03.10.2012

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Dans les domaines viticoles de la famille Janoueix, en Gironde, où les vendanges ont débuté ce lundi, on célèbre de multiples façons l’art et l’histoire.

Les raisins ont roulé sur la table de triage. Il fallait des mains habiles, des mouvements précis et des yeux attentifs pour les nettoyer en quelques secondes de leurs impuretés. Surtout ne pas manquer les gestes de ce premier jour des vendanges 2012 au château Le Castelot. Le traditionnel coup d’envoi y a été donné ce lundi sous le soleil, au pied de l’un des tertres de Saint-Emilion.

Des vendanges qui ont gagné, à l’image du site, leurs titres de gloire dont celui de la constance. Jean-Claude Gendrot, le bob posé sur la tête, participe au tri. « Eh bien, ce sont mes 44èmes vendanges ici. Je viens pour l’ambiance, l’endroit, le plaisir. » La moitié d’une vie à plonger ses mains dans le raisin au mois de septembre. Une fidélité à toute épreuve. Dans les rangs de vignes, un autre annonce trente-six ans au compteur. « Et puis, on fait le plein », glisse-t-il, allusion aux bouteilles emportées et aux soirées arrosées.

Jean-François Jouaneix, propriétaire des lieux avec son épouse Françoise, semble intarissable sur les petites et grandes histoires de ces vendanges guère ordinaires. On y a célébré une quarantaine de mariages. Mieux que n’importe quel site de rencontres sur Internet. Les tâches physiques rapprochent insensiblement les corps épuisés. Le vin les réconforte à la tombée de la nuit. Plus particulièrement dans l’antre du Glou-glou, un curieux endroit qui hésite entre une taverne, un bar et une boîte de nuit. Chapeaux, cravates et objets hétéroclites y sont pendus au plafond. La sono crache des chansons à boire.

Musées et copains

Ce bar pittoresque est l’un des nombreux bâtiments du village des vendangeurs, situé au château Haut-Sarpe, autre propriété prestigieuse du royaume Janoueix qui en compte une dizaine entre Pomerol, Saint-émilion et Castillon. Un ancien hameau de pierres que le chef de famille rénove morceau par morceau. Il y construit un petit musée de « l’amour du vin ». À côté du gîte pour touristes ouvert récemment, où vous pouvez dormir, entre autres, dans la chambre Cupidon. Ailleurs, il a reconstitué une forge où il ne déteste pas sculpter quelques morceaux de métal. Le charmant moulin de Sarpe est l’un des plus beaux de la région, à quelques mètres seulement de voitures anciennes entièrement retapées.

Jean-François Janoueix accumule ainsi dans les pièces de ses maisons, de ses châteaux, des objets anciens, utiles ou non, des photos, des souvenirs, qu’il ne se lasse pas de contempler, de décrire à ses visiteurs. Au Castelot, il a aussi créé son petit musée, consacré aux outils ruraux, mais surtout à Henri IV. Son roi préféré. « Proche du peuple. » Le souverain aux 56 maîtresses, qui trouva, justement, au Castelot, la femme de l’aubergiste à son goût.

Président, créateur ou membre de multiples associations et clubs, le propriétaire s’est aussi passionné pour la bataille de Castillon, dont il a fait… un musée. Un septuagénaire qui ne compte plus ses « copains ». Des artistes dont il expose dans tous les recoins les œuvres, des dessinateurs dont il admire le coup de crayon, comme le délicieux Dubout, le poétique Sempé, ou Aslan et ses pin-up aux courbes parfaites.

Difficile, en fait, de ne pas trouver quelque part son bonheur dans l’étrange royaume Janoueix.

Bruno Béziat