(photos DR et F. Hermine)
(photos DR et F. Hermine)

Le domaine de Terrebrune, créé à Bandol par la famille Delille il y a un demi-siècle, est repris en main par un nouvel associé et co-gérant, l’homme d’affaires et de media Jean d’Arthuys qui va diriger la propriété avec Reynald Delille.

Jean d’Arthuys, homme de média, passionné de foot et de voile, mais avant tout chef d’entreprises et homme d’affaires, a toujours aimé l’univers du vin. D’abord par lien familial avec le Sud-Ouest, et par connivence avec une joyeuse bande d’épicuriens, amateurs de grands crus bordelais du temps de la grande époque des Girondins de Bordeaux à la fin du XXe siècle. Dans cet univers gravitent des vignerons emblématiques comme Jean-Michel Cazes, Jean-Louis Triaud, Eugène Raoux, Didier Vitrac, Franck Allard… Ils s’appelaient les Copains du Vin comme les a surnommés à l’époque Jean d’Arthuys, directeur de M6 qui prendra le poste de directeur du Club à sa reprise par le groupe audiovisuel de Nicolas de Tavernost en 1999. “C’est bien sûr dans ces années-là que j’ai affiné mes connaissances en vin”, reconnait volontiers ce quinqua dynamique. L’homme d’affaires, diplômé d’HEC est avant tout un homme de marques qui maîtrise à la perfection le développement d’un univers, d’un marketing, d’un réseau de distribution autour d’un produit, dans les médias (M6, Paris Première, W9) puis dans le savoir-faire à la française en reprenant des entreprises comme Lejaby ou L’exception.com. “Je crois avant tout au juste positionnement d’un produit et à la construction de son image par rapport à sa cible. C’est la même logique dans tous les univers, y compris dans le vin”.

Un rêve d’enfant

Jean d’Arthuys (photo ci-dessous) qui rêve de tenir les rênes d’un domaine viticole commence à sillonner les vignobles. Il se penche sur de nombreux dossiers mais “recule face à une inflation des prix irrationnelle ces dernières années. Je me suis rendu compte lors de ces voyages que j’étais formaté par le stéréotype bordelais à l’identité forte et alors très marquée par l’influence de Parker ; j’avais plutôt envie d’aller voir dans des régions moins visibles où l’image était plus à construire. Et même si l’on est un génie du marketing, il vaut mieux être premier parmi quelques dizaines que noyé dans les 6000 châteaux bordelais, surtout dans ce contexte de crise”. Le hasard des rencontres et des contacts l’amène à Terrebrune. Il tombe amoureux de ce paysage bandolais sur les contreforts du massif du Gros Cerveau, entre Toulon et Saint-Cyr-sur-Mer, et de ses vignes avec vue sur mer. Une verticale de deux heures dans les caves avec Reynald Delille achève de le séduire.

Une gouvernance commune

C’est Georges, le père de Reynald aujourd’hui nonagénaire, qui a créé le domaine dans les années 60. Il achète alors 7 ha de campagne, auparavant en polyculture avec des oliviers séculaires, quelques vignes et un cellier abandonné. Georges vient de l’hôtellerie et des arts de la table et veut se poser dans le Sud. Quand Lucien Peyraud qui a créé le domaine Tempier lui dit qu’il a de l’or sous les pieds, il n’hésite plus à replanter des vignes sur le domaine qui court aujourd’hui sur une trentaine d’hectares en terrasses, le seul sur la commune d’Ollioules à l’extrême sud-est de l’appellation. Les vignes sont travaillées d’emblée en bio (certifiées depuis 2008) et le premier millésime sort des chais en 1975, avec déjà à l’époque une majorité de mourvèdre, à partir de sélections massales de Tempier. L’un des deux fils de Georges, Reynald, a rejoint son père sur le domaine dès les années 80 avant d’en reprendre la direction. “Mais Georges et son autre fils qui voulaient prendre du recul ont préféré chercher un associé pour épauler Reynald plutôt que de vendre la propriété, précise Jean d’Arthuys. J’ai donc apporté des fonds et racheté leurs parts mais nous sommes dans une gouvernance commune pour un équilibre financier et décisionnel”. “La famille s’est concentrée ces dernières décennies sur le fait de faire des vins le mieux possible, ajoute Reynald Delille (photo ci-dessous). L’expérience et la vision de Jean d’Arthuys vont permettre de mieux faire connaitre la singularité de Terrebrune ; son expérience et sa vision sont éclairantes et stimulantes pour répondre aux enjeux du vin de demain dans un contexte concurrentiel et évolutif”.

Rouges d’abord

L’homme d’affaires a déjà quelques idées pour développer l’image et la notoriété de Terrebrune, jusqu’à présent essentiellement connu des grands amateurs de vin, notamment pour ses rouges qui représentent près de la moitié de la production contre 40% de rosés, élaborés avec les jeunes vignes, et 10% de blancs, seulement depuis 1996. Une proportion atypique dans une appellation qui produit désormais plus de 80% de rosés surfant sur la vague provençale. “Nous voulons développer la valeur de nos vins et les ventes aux particuliers sans délaisser l’export qui pour l’instant se limite surtout aux exportations vers les Etats-Unis via le célèbre importateur Kermit Lynch. Il faut également faire connaitre et expliquer aux amateurs qui veulent de plus en plus comprendre le terroir cette incroyable géologie du Trias [des marnes argilo-calcaires d’environ 200 millions d’années]. C’est le seul domaine entièrement sur ce type de sols. Nous allons également réfléchir à développer l’accueil à la propriété et le digital”. Pas question en revanche de négoce pour étendre la production de la propriété (environ 120 000 bouteilles par an). Une belle corbeille de projets pour mieux faire connaître ce domaine discret aux vins si élégants qui compte déjà parmi les meilleurs ambassadeurs de Bandol.