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Barons de Rothschild : la Champagne vue par les Médocains 

Famille Rothschild (1)

Auteur

Yves
Tesson

Date

20.11.2023

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Alors que le champagne Barons de Rotschild lance le millésime 2013 de Rare Collection en blanc de blancs et en rosé, Philippe Sereys de Rotshchild à l’occasion d’un déjeuner au Royal Monceau s’est confié sur la vision très singulière qu’apporte cette famille du Médoc au champagne.

Lorsque Philippe Sereys de Rothschild nous raconte cette aventure, il a les yeux qui pétillent. Cette idée un peu folle de s’installer en Champagne en créant de toutes pièces une nouvelle maison est née en 2005 de l’envie des trois branches (Philippe avec Mouton-Rothschild, Benjamin et Ariane avec Château Clarke, Eric et sa fille Saskia avec Château Lafite-Rothschild) de se prouver qu’elles pouvaient construire un projet ensemble. « Nous souhaitions aussi découvrir autre chose. C’est un peu dans notre ADN. Mon grand-père s’était lancé dans la Nappa Valley, ma mère au Chili. » Mais attention, pas question de transformer cette entreprise en une énième filiale dans l’organigramme. Chaque membre devait être personnellement impliqué et toutes les décisions prises à l’unanimité. « Nous avons trois conseils par an. C’est déjà l’occasion de se retrouver et en général il se passe bien 25 minutes avant que l’on puisse démarrer la réunion. Ensuite, les discussions sont mouvementées parce que chacun a un avis bien tranché. Comme dirait Tolstoï, toutes les familles heureuses se ressemblent. Si vous avez une famille qui ne s’engueule pas, vous n’êtes pas dans la bonne ! » 

L’ambition n’est pas ici d’atteindre la taille des grandes marques historiques. « L’univers du champagne est déjà très structuré, nous ne trouverions pas notre place. L’idée est plutôt, justement, de rester un champagne de famille, très sélectif ». Un élitisme qui a conduit la bande de cousins à choisir la Côte des Blancs. « Le chardonnay est le cépage qui demande le plus d’élevage en Champagne. Évidemment, pour les Médocains que nous sommes, c’est une dimension qui nous intéressait ! »

Un nouvel écrin : la cuverie de Vertus et le bâtiment de stockage d’Oger
Cette culture du small is beautiful n'empêche pas les Rothschild de procéder à des investissements massifs. À la fois dans l’achat de vignes, mais aussi, récemment, dans la construction d’une cuverie à Vertus et d’un bâtiment dédié au vieillissement en bouteille à Oger. « Nous avons commencé à rapatrier les 2.800.000 flacons qui étaient répartis dans six sites différents à Vertus. Le nouveau bâtiment est de plain pied, semi-enterré ce qui permet de profiter de l’inertie thermique tandis que les 4500 m2 de panneaux photovoltaïques assurent 75% de l’électricité. » Sa construction étant ex-nihilo, elle n’a pas posé beaucoup de difficultés et l'ensemble sera opérationnel dès 2024. 

Il en va autrement de la nouvelle cuverie à Vertus. « Ce dernier chantier est une rénovation, celle d’un ancien bâtiment industriel du XIXe siècle, dont l’allure fait un peu penser à Zola et Germinal. Le défi consiste à poser des cuves au-dessus de caves très anciennes du XVIIe et XVIIIe siècle, sans que celles-ci ne s’effondrent sous leur poids. Voilà pourquoi nous avons fait appel à Giovanni Pace, un architecte qui a dû affronter des contraintes similaires sur le site de Pol Roger » Ce site intégrant une dimension hospitality, l'esthétique a été très soignée avec notamment une charpente en forme de coque de bateau renversée semblable à celle de Château l’Angelus. Même le bâtiment abritant les anciens bureaux du champagne Prieur a été conservé pour y installer le pressoir. Les trois étages ont été supprimés, tout en gardant les fenêtres.

Côtés vins, la Maison Barons de Rothschild présente cette année le second opus de Rare Collection, un blanc de blancs millésimé 2013 assemblant quatre grands crus, Cramant, Avize, Oger et le Mesnil.  Le chef de caves Guillaume Lété explique : "Nous cherchons à pousser le plus possible la maturité sur les raisins. Il s’agit ainsi de parcelles essentiellement exposées Sud, avec un travail très sélectif, puisque ce tirage ne représente que 10.000 bouteilles soit l’équivalent d’un hectare." La Maison ne renie pas ses habitudes médocaines. Les chardonnays sont en effet élevés en cuve inox et en barrique sur lie fine jusqu’au mois de juillet suivant la vendange, ce qui est plutôt long en Champagne où le cœur des réflexions se focalise davantage sur le vieillissement sur lie en bouteille. « À l’époque, sur ces millésimes qui étaient encore assez froids, nous procédions encore à des bâtonnages pour remettre en suspension les lies et travailler un peu les vins sur la largeur. L’objectif était de balancer l’austérité et la minéralité de l'entrée de bouche. » Le résultat, c’est un champagne qui réussit à afficher une vraie personnalité tout en conservant une parfaite buvabilité, deux dimensions souvent contradictoires. On a en effet à la fois cette signature racée très crayeuse, très verticale et très saline et en même temps des arômes plus chaleureux de citron confit et d’amande un peu grillée qui rendent l’ensemble flatteur.

La Maison sort également ce 2013 en rosé, en ajoutant 8 % de vin rouge à cet assemblage de grands blancs. « Nous avons choisi des pinots noirs de Vertus. Avant de devenir un cru réputé pour les blancs, le village était célèbre pour ses noirs. Au XIXe siècle, il approvisionnait le Bassin parisien en vins rouges de table. Vertus a en effet suffisamment de profondeur de sol pour assumer une maturation un peu plus poussée, on peut aller extraire de la matière. Pour le reste, nous sommes allés chercher des raisins à Verzenay, au Nord de la Montagne, où les vins ont un côté plus direct. L’objectif de ce vin rouge est d’apporter un peu de puissance, de gourmandise et d’épice, mais sans contrer la minéralité des chardonnays. La salinité est par exemple encore perceptible. L’élaboration est à contre-courant de ce que nous pratiquons dans le Médoc. Nous opérons une macération préfermentaire à froid de 3 à 5 jours qui vise à extraire du fruit et de la couleur. Ensuite, nous basculons dans une macération alcoolique qui constitue une sorte d’infusion légère de 5 à 7 jours, où nous travaillons par remontage et où nous ne ne voulons surtout pas d’extraction des pellicules et des pépins, pour ne pas ajouter une structure tannique à notre base de chardonnay. » (Coffret blanc 310€, coffret rosé 390€)