Photo : Mika Boudot
Photo : Mika Boudot

A l’espace Saint Remi de Bordeaux Tasting, le champagne dans toute sa diversité est à la fête. Joseph Perrier nous présente ainsi la nouvelle version de son rosé revu et corrigé par sa nouvelle cheffe de caves, Nathalie Laplaige, fraîchement arrivée en 2017…. Un champagne subtile, maîtrisant à la perfection l’art de l’entre deux qui caractérise ce genre très particulier.

Si vous avez déjà rencontré Jean-Claude Fourmon, le père de Benjamin Fourmon qui l’a précédé à la tête de Joseph Perrier, vous savez sans doute que comme un certain nombre de puristes champenois, il ne porte pas le rosé dans son cœur. Au point de ne pas le considérer comme un véritable champagne. On peut comprendre ce point de vue, dans la mesure où cette qualité est souvent décevante et pêche parfois par sa lourdeur au risque d’écoeurer un consommateur en quête du rafraîchissement que lui promettait la couleur affriolante.

Le champagne rosé est en réalité un art de l’entre-deux qui nécessite une très grande maîtrise et souvent beaucoup de tâtonnements dans les assemblages pour arriver au juste et fragile équilibre, celui d’obtenir la fraîcheur et la gourmandise des fruits sans verser pour autant dans la vinosité. C’est le pari de Nathalie Laplaige, la nouvelle cheffe de caves de Joseph Perrier depuis 2017, qui s’est attelée à la réinvention de la Cuvée royale brut rosé. L’assemblage qu’elle a imaginé est une savante alchimie entre les chardonnays bien vifs de Bassuet et ceux de Cumières (chouchous de la maison) qui pinotent, le pinot noir de Sacy qui apporte juste ce qu’il faut de corps et de charpente, et, nouvel approvisionnement, celui des Riceys, auquel on doit cette pointe très subtile de fruits rouges. On n’oubliera pas le meunier de la vallée de la Marne (Cumières, Verneuil, Damery…) qui apporte lui aussi quelques notes intenses de fraise des bois et de groseilles. « C’est un rosé qui est vraiment gourmand, frais, fin, élégant. Il est aérien dans le bon sens du terme, avec cette petite finale mentholée qui lui donne une belle longueur. Celle-ci diffère un peu de celle que l’on retrouve d’habitude sur la gamme Joseph, dont les finales sont plutôt citronnées, mais on peut dire que le rendu est un peu identique, dans la mesure où cela reste une finale un peu relevée.« 

Les vins rouges qui représentent à peine 10 % de l’assemblage sont issus de pinots noirs de la vallée de la Marne. Pour veiller à rester dans la légèreté et ne pas avoir ce côté trop tannique et une couleur marquée, on a choisi des parcelles qui n’étaient pas nécessairement exposées plein sud. Les vignes sont elles aussi plutôt jeunes afin d’éviter la concentration, l’expression reste ainsi sur des petits fruits. Malgré tout, Nathalie Laplaige a veillé à ne pas aller trop loin dans la légèreté. « Il n’y a rien de pire que ces rosés que l’on ne parvient pas à différencier à l’aveugle. Je n’aime pas dire que je voulais un rosé féminin. Mais je voulais vraiment me démarquer de ces rosés type millésimés que l’on destine à la gastronomie. En bouche, il y a bien ce côté fruits rouges, mais sans être asséchant ou exubérant. Certains associent cette cuvée à des desserts un peu sur l’acidité, elle peut par exemple très bien accompagner une tarte au citron meringué à condition que la meringue ne soit pas trop sucrée. C’est un peu ma spécialité ! Mais pour l’apéritif, cela reste quand même le crédo !« 

www.josephperrier.com