(photos : Solène Guillaud)
(photos : Solène Guillaud)

Direction la rive droite et le royaume du merlot pour cette 4ème master-class qui mettait à l’honneur six Grands Crus Classés de Saint-Émilion sur le millésime 2016, présentés par François Despagne, président de l’Association des Grands Crus Classés de Saint-Émilion et propriétaire du château Grand Corbin-Despagne.

« Le mardi 13 septembre 2016, on s’en souvient bien ! » François Despagne ne fait pas ici allusion à son mariage ou à la naissance d’un de ses enfants, il évoque « un miracle de la nature », la pluie qui vint après la sécheresse et permit à ce millésime 2016 de se révéler comme un grand parmi les grands. Pluie qui, quelques mois plus tôt, avait déjà eu la riche idée de s’arrêter en tout début de floraison – « un premier miracle ». « Soyons humbles : on dépend de la nature » et le moins qu’on puisse dire, c’est que celle-ci a gâté le 2016 à Saint-Émilion.

C’est en 1955 que l’appellation bordelaise a instauré, sous contrôle de l’INAO, le classement des ses grands crus (en grands crus classés puis premiers grands crus classés B et A. Un classement révisé tous les dix ans et « qui permet de créer une émulation positive et de ne pas se reposer sur ses lauriers. » Un enjeu économique aussi, puisque « selon le classement, le prix du foncier peut être multiplié par trois ». Récemment élu président de l’Association des grands crus classés (il en était précédemment vice-président), François Despagne semble connaître chaque sol, chaque pied de vigne de cette prestigieuse aire d’appellation. Évidemment, tous les vignerons et propriétaires n’ont plus de secret pour lui et il s’extasie pour chaque propriété comme si c’était la sienne. Il n’a eu de cesse, durant les 90 minutes de cette master-class, de vanter l’ouverture des GCC (« Vous pouvez venir nous visiter quand vous voulez, il y a toujours un château d’ouvert »), l’attractivité de Saint-Émilion (la ville) et l’orientation responsable du vignoble : « 70% des GCC de Saint-Émilion ont une certification environnementales (essentiellement HVE). À notre demande, elles seront obligatoires d’ici 2021. On va dans le bon sens. » Et le propriétaire de Grand Corbin-Despagne sait de quoi il parle puisque son château est aujourd’hui en bio et prépare sa conversion en biodynamie.

Avant la dégustation de six très beaux GCC 2016 – dégustation orchestrée par Serge Dubs, meilleur sommelier du Monde 1989, et Sylvie Tonnaire, rédacteur en chef de Terre de Vins – François Despagne glisse un mot sur ce millésime particulier : « 2016, c’est un bébé. Mais ces vins, dans leur jeunesse, sont extrêmement plaisants et frais. Après quelques années, ils connaîtront une petite crise d’ado de deux ans, avant d’être à parfaite à maturité d’ici 2022. » De beaux bébés qu’on a bien envie de cajoler alors que débute la dégustation !

Château Laroze 2016

Serge Dubs : « Une jeunesse arrogante, avec un bouquet rassurant. À l’acidité dynamique succèdent de beaux tanins. C’est le fruit qui parle. Un vin authentique et juste. »
Sylvie Tonnaire le recommande avec un perdreau aux champignons et des figues pochées pour rappeler le fruit.

Château Cadet-Bon 2016

Serge Dubs : « Il paraît jeune mais on devine déjà une première évolution ! Il a un côté gibier, épicé. Une expression aromatique surprenante. C’est un vin chaleureux, pulpeux et musclé. »
Son potentiel épicé le prédestine à un canard laqué.
Château Moulin du Cadet 2016
Serge Dubs « Un 100% merlot au visuel parfait. Un bouquet épicé, opulent sur le cassis et la mûre. Également marqué minéral. Un vrai merlot à la structure généreuse, avec des tanins serrés, mais qui impressionne. Un vin d’avenir. »
Idéal pour un tournedos Rossini ou une joue de bœuf confite.
Château Grand Pontet 2016
Serge Dubs : « La particularité de Grand Pontet c’est de récolter ses raisins en quasi sur-maturité. Il a une robe magnifique et une palette aromatique viandée, sanguine. Il roule des mécaniques pour offrir un grand volume et une grande longueur. »
Avec un confit de canard pour l’enrober ou, si vous le buvez plus tard, avec un cerf laqué.
Château Jean Faure 2016
Serge Dubs : « Un voisin de Cheval Blanc avec une dominante de cabernet franc (55%). Des tanins moins concentrés et un nez pivoine très aromatique. Une minéralité bien intégrée, très frais. C’est un charmeur soyeux, avec un côté menthe poivrée. »
Avec une volaille farcie avec quelques baies de myrtille.
Château Fleur Cardinale 2016
Serge Dubs : « C’est une bombe ! Rien qu’au visuel. Il est puissant et onctueux sur un bouquet généreux d’épices et de cassis. Une bouche charnue et juteuse. Il doit attendre. »
Sur un foie de veau poêlé ou une tourte aux champignons sauvages.