La vente de ce grand cru et de son restaurant bistronomique, possédés depuis 2010 par le tonnelier Jean-Louis Vicard, a été conclue mercredi, pour un montant non-communiqué

Changement d’ère à Candale! Treize ans après l’acquisition du Clos de Jacobins et du château La Commanderie, les Decoster confortent leur implantation à Saint-Emilion. Ils sont devenus ce mercredi les heureux propriétaires du château de Candale, grand cru de treize hectares, ainsi que de l’Atelier de Candale, restaurant bistronomique attenant, situés à Saint-Laurent-des-Combes. Avec de l’envie et une bonne dose d’ambitions (notamment œnotouristiques) à revendre. Rencontre avec Thibaut Decoster.

Pourquoi Candale?
D’abord parce que Candale est à Saint-Emilion. Cette appellation nous a complètement adoptés. On adore notre cadre de vie, notre métier, et on voulait s’y inscrire encore plus fort et pour longtemps. Ensuite parce que c’est un magnifique terroir, avec un environnement fantastique, qui a été remis en route par Jean-Louis Vicard. Candale a un très grand potentiel, mais il reste encore du travail à faire sur la valorisation de ce vignoble renaissant. Enfin, parce que les espaces que Candale propose nous intéressent pour développer l’œnotourisme. Ca fait longtemps qu’à la Commanderie avec 4 ha et au Clos des Jacobins avec 8,5 ha on est à l’étroit pour développer du réceptif, des visites…

Comment va se manifester cette accélération de la démarche œnotouristique ?
Le but est de devenir un endroit incontournable à la fois sur les chemins touristiques et pour le public local. Le restaurant, déjà ouvert depuis cinq ans, a son rythme de croisière. On voudrait l’agrandir, car avec quarante couverts dedans et une soixantaine dehors, il n’arrive pas à satisfaire toutes les demandes. On voudrait pouvoir organiser plus d’événements, mariages, baptêmes, animations comme des concerts, soirées à thème, vernissages… Développer la partie restauration nous permettra aussi de faire la promotion de nos trois crus.
Il y a également tout un ensemble de bâtiments que l’on va pouvoir aménager pour accueillir le public, comme par exemple créer une boutique sur place. A Candale, une personne est déjà dédiée à l’œnotourisme. Plusieurs formules, avec repas ou non, étaient proposées. On va garder cette offre et la compléter pour instaurer de la synergie entre nos trois propriétés, en créant des parcours de visite uniques. On pourra passer de la Commanderie au Clos des Jacobins et finir à Candale. Il sera ainsi possible de voir trois types de terroirs, de chais et de styles de vins, pour finir au restaurant, avec des accords mets-vins, ou pourquoi pas des activités culinaires.

Outre ceux nécessaires au développement de l’œnotourisme, quels autres travaux projetez-vous à Candale ?
Rien n’est encore décidé avec précision sur ce que l’on va faire. On prévoit une première tranche de travaux dès ce lundi, mais seulement afin d’agrandir les bureaux pour qu’on puisse s’installer avec Magali ici, et faire venir notre collaboratrice de Clos des Jacobins, pour centraliser nos bureaux. On veut être présents à Candale, pour que ce soit une exploitation familiale où on est accueilli par les personnes qui l’exploitent et vivent dessus. Sinon, pas de changement au niveau du personnel déjà présent à Candale. Les impressions que l’on a sur le personnel sont excellentes, on garde tout le monde.

Avec votre arrivée, va-t-on assister à une évolution du style des vins ?
L’évolution sera naturelle, et pas artificielle, grâce au vignoble qu’on va continuer à renouveler. Le vignoble de 13 ha (84% merlot,14% cabernet franc, 2% cabernet sauvignon) a été restructuré depuis 2009. Mais sur les treize hectares, seuls 11,5 ha sont en production. On va replanter l’hectare-et-demi manquant pour avoir le vignoble entièrement renouvelé. Tout ce qui a déjà été renouvelé va avoir une maturité faisant que le vin va spontanément devenir plus complexe. On garde le style, c’est la continuité, avec la même équipe et l’accompagnement conservé de Derenoncourt consultants. Avant de voir si on va changer Candale, il faut qu’on apprenne à connaître le vin, le vignoble. On essaiera d’en tirer le meilleur tout en le respectant.

La gamme des vins va-t-elle être modifiée ?
On conserve évidemment le premier vin, château de Candale, tout comme le second vin, château Roc de Candale, qui fonctionne très bien et que l’on va même essayer de le renforcer. Le rosé et le blanc ne sont pas produits sur la propriété, ils sont issus de de vrac acheté dans le Languedoc et conditionné pour le restaurant. Cela répondait à la demande de la clientèle locale qui vient manger au restaurant et voulait un peu sortir des bordeaux rosés et clairets. On va conserver ces cuvées, et on voudrait pourquoi pas développer en plus un ou deux rosés produits sur nos propriétés, pour valoriser le rosé de Bordeaux.

Va-t-on assister à une évolution des prix ?
On va garder nos fourchettes de prix dans l’immédiat. Candale sort entre 25 et 30 € TTC prix public, et Roc de Candale entre 15 et 20 €.

Après Candale, avez-vous d’autres projets d’investissements dans le vignoble bordelais à plus ou moins long terme ?
On va faire une Cité du Vin à Saint-Emilion! Non, je plaisante ! Plus sérieusement, avec cet achat, ça nous fait déjà beaucoup de projets, et ça va nous prendre beaucoup de temps. On a une volonté de s’inscrire dans la durée, et pas d’avoir la bougeotte dans tous les sens. Chaque chose en son temps. Donc pour les vingt prochaines années, on va s’arrêter là ! (rires)