Discret par sa taille et par le tempérament de ses propriétaires, le domaine en Castillon-Côtes-de-Bordeaux, lové à deux pas des Grands Crus Classés de Saint-Emilion, sort de l’ombre par la qualité des vins produits.

La tronche des cadavres qui trainent dans le chai donne toujours de sérieux indices. Au Clos Louie, on aperçoit sur un meuble des bouteilles vides de Markus Molitor, Gérin, Tempier, Cotat, Huet…, c’est rassurant. « Les vins des autres sont riches d’enseignements », prévient le maître des lieux, Pascal Lucin, qui, avec sa voix rocailleuse, ne parle jamais pour ne rien dire. Son implantation dans les Côtes de Castillon est une modeste histoire de famille. Au début des années 2000, il hérite de quelques ares sur la commune de Saint-Philippe-d’Aiguille qu’il complète d’un achat à sa sœur. Libournais, millésime 63, Pascal Lucin est déjà dans le vin avec dans sa poche un BTS, un DUT et le DUAD. Il a fait ses armes du côté de Bourg et de Blaye au Château Garreau. En 2000, il intègre le Château Grand Pontet, Saint-Emilion Grand Cru Classé (actuellement racheté par le Château Quintus), où il s’apprête à réaliser aujourd’hui son 21ème millésime. Reconnu sur la place par son travail en ce lieu, Pascal Lucin a écrit parallèlement l’histoire de son Clos Louie. Mais rien n’aurait été possible sans sa compagne, Sophie. « Je me destinais à être prof d’anglais et je me suis davantage vue dans les vignes, il y a pire n’est-ce pas ? », dit-elle en retirant ses petites lunettes colorées.

En 2012, le couple acquiert une maison adossée à un chai sur la commune de Saint-Genès de Castillon, un havre de paix qui jouxte l’appellation Saint-Emilion, en l’occurrence les Châteaux Fleur Cardinale et Valandraud. Aujourd’hui, Sophie et Pascal caressent 4,5 hectares plantés de vieux merlot, de vieux malbec, de cabernet franc et de cabernet sauvignon. « Nous jonglons avec ces cépages et avec deux types de sols, des argiles ferrugineuses du côté de Saint-Philippe d’Aiguille et des sols argilo-calcaires du côté de Saint-Genès », souligne Pascal. Dès 2003, les propriétaires du Clos Louie ont choisi la conversion en agriculture biologique pour une certification en 2012 et plus encore en biodynamie à compter du millésime 2019. « J’ai découvert cette pratique au milieu des années 90 au Château Garreau, j’ai tout de suite compris que c’était l’avenir, il y a une logique, c’est inspirant, ça donne du sens à notre travail », explique Pascal avant d’ajouter en montrant son dynamiseur : « Quel bonheur de préparer mes tisanes avec ma fille Léopoldine, il règne un silence apaisant, on sait pourquoi on travaille ». Au fil des millésimes, les vins du Clos Louie se sont fait une réputation avec notamment une clientèle de particuliers fidèle. Ici règnent la vitalité et la profondeur, la finesse et la fraîcheur. « Nous n’aimons pas les vins assis, pâteux, mous, nous aimons l’éclat du fruit et le côté racé », résume le couple. On devine facilement le prénom de l’autre enfant par la cuvée sur le fruit « Louison et Léopoldine » (autour de 25€), un assemblage de merlot et de cabernet franc. La cuvée Clos Louie (autour de 40€) convoque quant à elle tous les cépages et principalement les vieilles vignes. Le dernier millésime en bouteille, le 2019, est une leçon de précision et de touché. On n’a pas fini d’entendre parler du Clos Louie qui montre une fois de plus les trésors qui naissent dans les Côtes de Castillon.

Clos Louie
Sophie et Pascal Lucin-Douteau
1, Terres Banches, 33 350 Sint-Genès-de-Castillon, 0557744663