Accueil Cépages anciens, étrangers, résistants, où en est la recherche ?

Cépages anciens, étrangers, résistants, où en est la recherche ?

Auteur

Anne
Serres

Date

26.05.2021

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Face au changement climatique, l’Institut Français de la de la Vigne et du Vin (IFV) et l’Institut National de Recherche pour l’Agronomie, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE) ont bâti des ponts entre leurs unités de recherche. Dans les conservatoires et les centres d’hybridation, on avance sur les cépages de demain.

Le climat s’affole, c’est confirmé : après un été 2020 caniculaire (alors même que des épisodes de chaleur intenses avaient brûlé les vignes en 2019), gel en avril sur presque toute la France, épisodes de grêle répétés chaque année, inondations récurrentes… « Tous ces événements montrent à quel point il est devenu impératif d’adapter nos pratiques culturales », a déclaré Bernard Angelras, directeur de l’IFV.
Parmi les pistes les plus prometteuses : des cépages adaptés, d’un côté à la sécheresse, de l’autre immunisés contre les maladies (mildiou et oïdium) pour limiter les traitements chimiques et faciliter la transition agro-écologique.

Contre le chaud et le froid

Côté résistance à la chaleur et/ou à la sécheresse, on retourne aux cépages anciens, 100% Vitis Vinifera, que l’on avait délaissés (comme la counoise, cépage rouge qui conserve son acidité et son petit degré d’alcool à maturité) que l’on redécouvre ou que l’on va chercher dans des climats plus chauds – c’est ainsi qu’on fait des essais en Languedoc avec des cépages grecs (assyrtiko et agiorgitiko), espagnols (morrastel) ou italiens (nero d’avola et montepulciano).
Contre le gel, la recherche agronomique travaille sur des clones et des porte-greffes qui vont permettre de se prémunir contre les gelées de mars-avril avec des sélections d’individus tardifs qui n’auront pas encore développé de bourgeons.

Contre les maladies

Enfin, dans la lutte contre les maladies, pour limiter le recours aux traitements chimiques, l’INRAE croise des vitis vinifera avec des cousines résistantes, puis recroise le résultat jusqu’à obtenir une vigne à 99,9% vitis vinifera mais porteuse du gène résistant de la cousine. Le principe est que l’on croise une variété vinifera au caractère aromatique bien trempé (type muscat, sauvignon en blanc) et une vigne résistante dont on évacue peu à peu toute incidence génétique sur le profil organoleptique du cépage final pour ne conserver que la résistance aux maladies.

Issus de la recherche française, suisse, allemande ou italienne, ces hybrides sont le fruit de croisements (et pas de modifications génétiques) et ne comprennent qu’une part infime de code génétique non-vinifera, pourtant, jusqu’au 19 mai dernier ils étaient considérés comme non-vinifera à part entière.
Les variétés résistantes développées par l’INRA, au nombre de quatre (vidoc et artaban en rouge, floréal et voltis en blanc) représentent 800 hectares de vigne en Languedoc-Roussillon et, à pression égale du mildiou et de l’oïdium, nécessitent 95 % de traitements fongiques en moins. L’enjeu est essentiel pour les vignobles qui souhaitent passer en bio, économiser sur les traitements, pratiquer une viticulture respectueuse d’eux-mêmes et de leur sol.

Ne les appelez plus “hybrides”

Les cépages résistants qui sont homologués et inscrits au catalogue des cépages autorisés peuvent être plantés pour produire des Vins de France (ex-vin de table) et des Vins d’Indication Géographique Protégée. L’IGP Pays d’OC a admis des cépages résistants dans son cahier des charges en 2019 (elle s’était fait leur défenderesse dès 2016).
Mais du fait de leur statut non-vitis vinifera ces cépages étaient jusqu’au 19 mai dernier inadmissibles en AOC selon le corpus de l’INAO. Or l’Observatoire Communautaire des Variétés Végétales (OCVV), réuni la semaine dernière, a validé le statut vitis vinifera des hybrides qu’on nommera désormais seulement variétés résistantes. Reste à savoir si l’INAO tiendra compte de ce changement intervenu à l’échelle européenne. Christian Huyghe, directeur scientifique Agriculture de l’INRAE, a pour sa part déclaré n’avoir “pas d’inquiétude sur le sens du service de l’INAO et son ouverture d’esprit face aux enjeux de la viticulture dans sa transition agro-écologique”.

Vingt nouvelles variétés en attente

Pour Philippe Mauguin, PDG de l’INRAE, “à l’horizon 2050, on a des pistes pour dire aux vignerons comment ils peuvent combiner une réponse avec de l’innovation variétale, des itinéraires techniques, des pratiques de taille, des pratiques oenologiques pour avoir des vins de la plus haute qualité possible et des vignobles qui utiliseront beaucoup moins de produits phytosanitaires ».

Loïc Le Cunff, en charge de la recherche sur l’hybridation à l’INRAE estime que le catalogue français des variétés autorisées pourrait accueillir une trentaine de variétés résistantes à l’horizon 2022. L’INRAE a pour sa part sept variétés actuellement au stade du classement et de l’inscription au catalogue et “une vingtaine dans la file d’attente”.