Jeune et déterminé, Damien Goulard veut laisser son empreinte et autant qu’elle soit la plus responsable possible. Sur le Massif de Saint-Thierry, terroir sableux, il a fait le choix de convertir ses parcelles en viticulture biologique. Un choix assumé quand les surfaces conduites en bio de l’appellation Champagne ne représentent que 2% mais font état d’une nette progression (+38% entre 2017 et 2018).

Sur les 8 hectares que compte le domaine familial, 7,20 hectares sont conduits en viticulture biologique depuis 2 ans. Situé sur un terroir à forte dominance de meunier, Damien Goulard revendique sa liberté et souligne pourtant qu’il entre “dans un carcan” en se lançant dans la certification. Le label AB que beaucoup rechignent à rejoindre correspond pourtant à la philosophie que se fait ce jeune vigneron.
“Depuis 10 ans, je réduis les intrants, j’ai toujours voulu tendre vers une viticulture qui a du sens : le vin c’est du plaisir, pourquoi y ajouter de la chimie ? Dans la jungle des labels, le label AB est celui qui correspond le plus à mes aspirations”.

Celui qui a une dent contre les “jeunes” qui poursuivent le chemin du “tout chimique” ne fait pourtant pas l’apologie des deux lettres vertes à tout prix. “J’ai changé beaucoup de choses, perdu des clients au passage qui n’ont pas suivi ma démarche…” Il a fallu modifier les habitudes prises par ses parents ; la découverte des joies du passage du chenillard en plus. Sans compter le cuivre, largement décrié et dont la dose de 4kg/hectare/an a été votée par la Commission européenne en novembre 2018 lors de sa ré-homologation communautaire. Fidèle à ses aspirations, ce chemin vers la certification lui a permis de mettre en place d’autres pratiques innovantes comme ces 800 caissettes acquises lors des dernières vendanges, 2,5 fois moins lourdes que les traditionnelles et qui ont l’avantage de limiter la compression des grappes, l’oxydation et l’autopressurage.

A la cave…

Concrètement, Damien Goulard, engagé dans sa 2ème année de conversion bio, entamera ses 1ères vendanges 100% bio en 2021 pour sortir ses premières bouteilles estampillées en 2024.
En attendant, il étend sa gamme en vinifiant ses propres cuvées – la gamme de ses parents a été conservée – et en essayant de reproduire les techniques et conseils qu’il a glanés auprès de vignerons et de ses voyages un peu partout dans le monde.
Il peaufine peu à peu ses techniques de vinification avec l’acquisition d’amphores pour ses futurs parcellaires. “Je cherche de la tension sur mes vins qui sont très aromatiques.”
Ces pas en avant portent des noms : La Sereine (35% pinot noir, 30% chardonnay, 35% meunier) un BSA tendu, constant et fruité, une cuvée de base qui est une entrée en matière à d’autres cuvées à plus forte dominance de meunier. Coup de cœur pour La Charme (100% meunier vieilli en fûts de chêne) aux notes vanillées, crémées et à la finale (très) longue (à partir de 30€), un rosé de saignée L’Éclatante aux notes safranées et de cerise griotte. L’Épanouie (2013) un assemblage détonnant (30% meunier, 40% chardonnay, 30% pinot noir) entre cire, mirabelle et miel de fleurs. La gamme s’allonge avec une cuvée Special Club, un coteau rouge Pharamond et un ratafia.

Il y a toutefois des choses qui ne seront pas “converties”, comme son pressoir, un COQUARD traditionnel de 4000 kilos, reflet d’une Champagne qui a toujours évolué avec son histoire.

Quelques chiffres : Pour rappel, il n’existe pas pour l’heure d’appellation viticole 100% bio. On dénombre près de 2000 vignerons récoltants-manipulants en Champagne. Selon nos confrères de l’Union-L’Est-Eclair, en 2019 il y aurait une cinquantaine de domaine en conversion vers la viticulture biologique en Champagne. Le cap des 1000 hectares de vignes bio en Champagne pourrait être franchi sur les 34 000 hectares de vignes que compte l’AOC Champagne.

http://champagne-goulard.com