Lorsqu’il évoque Beychevelle, Aymard de Baillenx, le directeur général de ce quatrième grand cru classé, ferme les yeux pour mieux remonter les siècles. Et raconter cette histoire qui a vu un maréchal de France se faire vigneron. Un glorieux passé dont il reste le château bien sûr. Monumental. Presque démesuré mais dont les perspectives dégagent une harmonie saisissante. Depuis la terrasse, le parc déroule ses jardins jusqu’à la Garonne. Une vue sur le fleuve qui signe toute l’identité de Beychevelle. Sur l’étiquette, un drakkar orné d’une tête de griffon passe toutes voiles baissées en signe d’allégeance.

Une richesse ponctuée de grands millésimes : 1961, 1982, 2009 et surtout 2010 : « là, nous avons tous les records : alcool, tanin, acidité… » C’est dans ce temple qu’a fait, cette année, son entrée Pierre Castel. Lequel fait désormais jeu égal avec le groupe japonais Suntory au sein de Grand Millésime de France, la bien nommée holding qui veille sur Beychevelle. Côté coulisses, 2011 restera donc une année importante. Une de plus. Et pas la dernière. Il y a peu, une dégustation est venue enrichir ce livre d’or : celle d’un Beychevelle 1914. « La guerre venait juste d’être déclenchée en août quand il a été récolté en septembre-octobre, raconte Aymard de Baillenx. Il n’y avait alors plus d’hommes ici. Cette vendange a été faite par des femmes, des enfants, des anciens. Nous étions six et on a imaginé tout ça, on avait presque tous les larmes aux yeux. Ca a été ma plus grande émotion. »

www.beychevelle.com

Jefferson Desport. Photo Rodolphe Escher.