Philippe Raoux, propriétaire du cru bourgeois exceptionnel château d’Arsac en appellation Margaux, vient de créer une nouvelle visite “Si Arsac m’était chanté” : celle-ci mêle habilement musique, chanson et projection d’images sur un parcours en 11 étapes. Cette création œno-musicale singulière est un changement de cap dans sa politique d’acquisition d’œuvres d’art.

Le titre s’inspire du film de Sacha Guitry “Si Versailles m’était conté” (1954), suggérant ainsi la magie du lieu. Et c’est vrai qu’il y a matière à le raconter, ce lieu. Mais qu’est-ce qui a bien pu inciter Philippe Raoux à faire cette création ? “On a un contexte défavorable, et on vend les bouteilles à un prix trop bas actuellement. Je suis un entrepreneur, et une entreprise qui ne gagne pas d’argent va mal”. Philippe, toujours en quête d’innovations et de solutions, voit dans l’œnotourisme un moyen d’intéresser un public de visiteurs. “Il fallait que je trouve un dispositif qui rende la visite au château d’Arsac unique”. En écoutant, en mars 2020 pendant le confinement, les comédies musicales de Jacques Demy, “ça a été l’étincelle”.

Ce sera donc, au sein du cuvier et du chai à barriques, un parcours agrémenté de chansons en chanté-parlé, racontant l’histoire du château d’Arsac ainsi que sa renaissance grâce au travail accompli par Philippe Raoux et ses équipes. On écoutera ces chansons en ayant “une distraction visuelle” grâce à des photos et des vidéos du château (créées par Pierre Fossey).

Les faiseurs de magie

Philippe Raoux aura su s’appuyer sur une équipe de professionnels qui ont tous compris les objectifs et la personnalité du propriétaire. Ils se sont mis au service d’une idée tout en ne sacrifiant pas à leur art et à ce qu’ils sont. Philippe se rapproche tout d’abord de François Gaulon, “un ami depuis 1996. Lui, c’est un performer, qui sait tout faire. Il a écrit la musique et les paroles avec son épouse Muriel Ducros. C’est lui qui nous a trouvé les deux chanteurs qui sont parisiens. Cela a été possible parce qu’il connaissait bien l’histoire d’Arsac et qu’il me connait bien”.
Les textes résument “ce que j’ai vécu ici et c’est vraiment un calque d’Arsac en chanson. Je ne vois pas comment on peut mieux l’exprimer. Il faut que le spectateur soit attentif aux paroles, tout est pesé et s’inspire d’une histoire vécue”. Pourtant dès les premiers tableaux, et notamment dans le jardinier d’Arsac, on doute de l’identité de ce jardinier et on devine au fil des mots qu’il s’agit de Philippe Raoux. Car la personne de Philippe s’efface pour laisser la place au travail accompli (relever le château), à la nature, aux œuvres d’arts, aux paris osés qui se sont succédé. Jamais nommé Philippe est pourtant bien là, discrètement évoqué avec la pudeur qui lui correspond. “Je ne souhaite pas trop apparaître”.

C’est donc une évocation poétique d’un chemin parsemé de pépites, d’instants magiques, et d’une communion avec son objet : le château viticole. L’aventure entrepreneuriale n’est jamais sèche, “on reste dans l’univers de l’émotion” insiste Philippe. “Quel bonheur ça été de tout refaire dans la propriété”. Aucun regret et d’ailleurs si c’était à refaire Philippe recommencerait.
La référence à Jacques Demy et à Michel Legrand est présente, mais l’œuvre trouve sa personnalité propre. L’équilibre entre le parlé et le chanté, mais aussi les passages de l’un à l’autre sont particulièrement réussis. Ce chanté-parlé est fluide, sans rupture. La diction des chanteurs-comédiens, Catherine Piffareti et Jean Louis Cassarino, est parfaite et on ne s’ennuie jamais à l’écoute des textes qui racontent l’histoire du château et de son renouveau impulsé par Philippe Raoux, toujours sur un ton léger, parfois énigmatique, mais jamais obscur, toujours dans la lumière et l’optimisme.

Faire différent

Pour ce parcours musical et visuel au sein des chais, Philippe Raoux “a consacré des moyens financiers supérieurs” à ce qu’il a l’habitude de faire. Peu de châteaux osent l’animation œnotouristique en utilisant la musique pour se raconter. “Ce qui m’a toujours animé c’est de faire différent”. Et Philippe cite cette maxime du sculpteur catalan Eduardo Chillida : “Ne fais pas ce que tu sais faire, parce que, ce que tu sais faire est déjà fait”.

Un virage significatif sur tous les plans, budgétaire et artistique. Mais cette visite “décalée” qui convoque plusieurs domaines artistiques reste accessible au plus grand nombre et ne manquera pas de toucher le visiteur : 20 € par adulte (10 € pour les enfants), dégustation comprise en fin de visite. Visite sur réservation uniquement, à partir du 1er avril 2021.

Écoutez un extrait du nouveau spectacle œno-musical.

https://chateau-arsac.com/
05 56 58 83 90