Face aux crises qui bousculent le vignoble bordelais, qui plus est quand on n’est pas un cru classé, des combats sont menés. Du pied de vigne au consommateur, Jérôme et Valérie Eymas – en appellation Blaye-Côtes-de-Bordeaux – s’adaptent, innovent, bousculent les codes. C’est l’histoire d’une remise en question permanente.

“On ne va pas se mentir, nous sommes bien conscients d’entrer dans une période très compliquée, entre les restaurateurs qui peinent à se relever du Covid-19 et la crise plus générale qui affecte les vins de Bordeaux, il faut trouver des ressources d’autant plus que nous ne sommes pas un châteaux vedette”, résume d’emblée Jérôme Eymas qui vient de garer son charriot élévateur avec lequel il brassait des palettes de bouteilles. Son Château La Rose Bellevue est à Saint-Palais, en appellation Blaye-Côtes-de-Bordeaux. Incarnant la troisième génération, il a 60 hectares. Il faut être à la vigne, à la cave, au chai et à la vente où le combat est rude. C’est son épouse, Valérie, qui s’y colle. “Je suis du Nord, fille de commerçants, j’ai laissé tomber les Lettres [passionnée du genre fantastique] pour vendre du vin, m’occuper des packagings, pour faire un site internet, etc.”, résume-t-elle en courant entre la boutique et la maison où son fils doit avoir un cours de batterie en visio. Il faut être sur tous les fronts dans ces exploitations familiales et pour écouler les quelque 450 000 bouteilles (40% de la production va au négoce), ils ont planté du marselan, ils font des cuvées en vendanges intégrales et même une cuvée sans soufre pour laquelle ils ont choisi une bouteille de forme bourguignonne.

Le passage au bio en réflexion

Du côté de Saint-Palais, on ne reste pas les bras ballants à attendre que la crise passe. Et on peut faire confiance à la pétillante et idoine Valérie : “Si on veut sortir du Bordeaux Bashing, il faut arrêter de communiquer sur la notion de château, il faut communiquer sur les vignerons, et arrêter de parler de Grand Vin de Bordeaux, c’est ridicule, et enfin il faut goûter le vin des autres, voir ce qui se fait ailleurs”. Dans le cadre des études et après, Jérôme et Valérie ont voyagé à la découverte d’autres vignobles, ils en ramènent de l’expérience, des idées et un réseau. Ils échangent, reçoivent du monde, Valérie court les salons et persuade les cavistes. Dans ce bouillonnement, la question du passage en bio entre dans la tête du couple. “Je sais à quel point ce serait valorisant”, confie Valérie. “J’aurais 15 hectares, ce serait déjà fait, sur 60 hectares, j’ai un peu peur, c’est risqué mais on y pense beaucoup”, ajoute Jérôme les yeux rieurs.

En attendant, la gamme du Château La Rose Bellevue gagne l’attention des amateurs de vins en misant sur la pureté du sauvignon, de la muscadelle ou du merlot, sur les Grappe Diem de vieilles vignes en rouge et en blanc, sur le Wine in Black pensé pour séduire les sommeliers, sur le Secret – une cuvée de merlot sur les grands millésimes – et sur le sans soufre qui bouscule tous les codes : Monsieur et Madame Soufre ont un fils ? Mention spéciale pour cette cuvée très bien maîtrisée, sur la fraîcheur et la pureté, loin des vins natures qui ne sentent plus le vin… La colonne de droite va de 7 à 20 euros (le Sans Soufre est à 10 !), voilà des vins à déguster cet été avec la modération d’Holopherne, autant de remèdes à la crise.