Ce fut la surprise de la rentrée, l’étrange surprise d’apprendre que la famille Tesseron – le propriétaire Michel et son fils Basile – se sépare du Grand Cru Classé 1855 de Saint-Estèphe. Retour sur les dessous d’une transaction de premier plan.

Le célèbre château jaune et sa quarantaine d’hectares, jadis acheté par Guy Tesseron au début des années 1960, est cédé à la famille Lorenzetti, déjà propriétaire des Châteaux Lilian Ladouys à Saint-Estèphe, du Grand Cru Classé 1855 à Pauillac Château Pédesclaux, et d’un autre Grand Cru Classé 1855 cette fois à Margaux, le Château d’Issan (en copropriété avec Emmanuel Cruse). “C’est ainsi, quand on n’a pas d’autres choix que de vendre, la problématique est simple, on a un actionnaire minoritaire qui souhaite vendre ses parts mais ses parts sont trop conséquentes pour que l’on puisse les racheter, on n’a pas les moyens de nos ambitions”, explique Basile Tesseron qui n’a pas de parts mais qui est le gérant du domaine.

L’actionnaire minoritaire est la sœur de Michel Tesseron, Caroline Poniatowski. La succession entre Guy Tesseron s’était opérée en 1999 et, une vingtaine d’années plus tard, force est de constater que l’indivision est consommée. “Il était impossible de s’entendre, on ne peut empêcher quelqu’un de vendre”, soupire Basile Tesseron avant d’ajouter : “Des bruits circulent sur une mésentente entre mon père et moi, je veux préciser qu’on s’entend très bien, ça se passe très bien, on a des projets ensemble”. Par ailleurs, Basile Tesseron entend se concentrer sur le Château Larrivaux, la propriété médocaine de son épouse Bérangère

3 millions d’euros l’hectare

Concernant le montant de la transaction, le prix qui circule avoisine autour de 3 millions d’euros l’hectare. “Il y a 42 hectares, précise Emmanuel Cruse, directeur général des propriétés de la famille Lorenzetti, nous ne sommes pas dans des prix qu’on a pu voir à Saint-Emilion, comme 7 ou 8 millions d’euros l’hectare, nous sommes tenus au secret, les choses énoncées dans la presse ici ou là approchent de la vérité, ce que je peux dire est que c’est un prix que Lorenzetti a trouvé convenable à mettre sur la table”. Pour le moment, Basile Tesseron et son père restent en place pour vendanger et vinifier le millésime 2021. La passation va se faire à partir du début du mois de novembre. “Toute l’équipe reste ici, elle est soudée, c’est Emmanuel Cruse qui reprendra les rênes”, précise Basile. “Je connais bien la famille Tesseron, note Emmanuel Cruse, je comprends le déchirement, si on veut raisonner le plus froidement possible, on peut juste se féliciter que le Château Lafon Rochet reste au sein d’une famille, que ça ne parte pas dans un groupe étranger ou chez un institutionnel”.

Compte-tenu de sa présence affirmée dans le Médoc, Jacky Lorenzetti n’a pas été insensible à la vente de ce cru. Le dossier est passé par une banque d’affaires chargée de gérer cette vente par la famille Tesseron. De fait, la famille Lorenzetti a été approchée. “Car il est à l’écoute de tous les dossiers, souligne Emmanuel Cruse, pas seulement bordelais, il a envie de développer un vrai pôle viticole, il peut être amené à regarder des dossiers dans d’autres régions françaises et même à l’étranger. Jacky Lorenzetti entre dans le cercle très fermé des propriétaires de plus de 100 hectares en Grand Cru Classé 1855, ça commence à peser dans la balance”.