Dominique BEFVE ©R.ESCHER
Dominique BEFVE ©R.ESCHER

Le directeur général du Château Lascombes profite de la vente du Grand Cru Classé 1855 au groupe Lawrence pour tirer sa révérence. Terre de Vins a recueilli quelques confidences de Dominique Befve.

Vous tirez votre révérence après 32 années d’engagement dans le vin, à qui vont vos premières pensées ? 

Elles vont à ma famille et aux différents propriétaires qui m’ont fait confiance. C’est un grand merci à Éric de Rothschild qui m’a fait entrer dans le monde du vin en 1990. J’ai tout appris au Château Lafite. Ensuite je remercie Sébastien Bazin et Jean-Romain Lhomme du groupe Colony Capital, propriétaire du Château Lascombes dont j’ai pris la direction générale en 2001. Mes remerciements vont à Stéphane Dessirier et au conseil d’administratif de la MACSF qui m’ont maintenu en place et permis de rester 21 à ans la direction de ce cru magnifique. Enfin, je n’oublie surtout pas, tous les salariés de Lascombes pour le travail effectué dans une ambiance chaleureuse et qualitative.

Le monde du vin a changé en 30 ans, que pensez-vous de toutes ces mutations ? 

Au-delà des évolutions techniques, je pense surtout aux consommateurs qui font face à une profusion de vin produit dans le monde entier, et de très bons vins. De fait, la France a trouvé une concurrence féroce. Le vignoble de Bordeaux en est victime. On peut déplorer ce monde a deux vitesses entre les grands crus qui ne souffrent pas et les autres. On n’a pas le droit de les laisser mourir. J’ai aussi connu la mutation de l’œnotourisme et sur ce point Bordeaux a connu une spectaculaire remise en question.

Si vous deviez retenir le meilleur et le pire moment, quels sont-ils ? 

Je vais commencer par le pire : la gelée noire d’avril 1991. J’étais cette soirée là à La Rochelle. J’ai récupéré ma voiture à deux heures du matin, j’ai compris en regardant mon pare-brise la catastrophe qui se tramait. Je travaillais à cette époque au Château Lafite. Pour les meilleurs moments, je vais retenir deux millésimes exceptionnels, le 2022 de Lascombes, mon dernier millésime qui est pour moi le meilleur que j’ai réalisé. L’autre millésime est le 2000 de L’Évangile, une des propriétés d’Éric de Rothschild que je chapeautais.

Lascombes ouvre une nouvelle page de son histoire, quel regard portez-vous sur cet avenir ? 

Le nouveau propriétaire américain est déjà dans le vin et dans le vin très qualitatif. Il est très ambitieux et c’est une très bonne chose pour Lascombes. Et notons que la femme de Gaylon Lawrence est œnologue, c’est une promesse supplémentaire.