Dans une partie de poker, il pourrait sortir de sa manche deux as… de trèfle. C’est ainsi. Anthony Barton est l’heureux héritier d’une dynastie d’Irlandais – le trèfle donc – qui ne possède pas un grand cru classé à St-Julien mais… deux. Léoville Barton et Langoa Barton, second et troisième au classement de 1855.

Deux fleurons que les Barton chérissent depuis les années 1820. Soit depuis bientôt… 200 ans. Une prestigieuse lignée de vignerons dans laquelle il s’est inséré en 1951. Après quelques hésitations. « J’avais 20 ans quand je suis arrivé à Bordeaux. Je ne parlais pas un mot de français, raconte-t-il, avec cette pointe d’accent si caractéristique. Jusque là, j’avais été élevé en Irlande. J’allais surtout à la chasse et à la pêche. »

« Heureusement, sourit-il, j’ai pris la bonne décision… » Pourtant avant d’être seul maître à bord de cette superbe propriété dotée d’un jardin à la française farouchement gardé par un couple de cygnes, il devra apprendre et composer avec son oncle Ronald Barton. Quitte parfois à lui forcer la main : « Il ne voulait pas changer ses méthodes. Ni de fouloir par exemple. Il me disait : « pourquoi dépenser de l’argent alors que j’ai fait des 45 et 47 avec… » J’ai dû lui mentir. Avec le maître de chai, on lui a dit qu’il était cassé et irréparable… » Un joli coup de bluff… En revanche, concernant ses deux as, là, il joue cartes sur table. «Langoa est souvent traité comme le petit frère de Léoville, regrette-t-il. Certains disent qu’il est moins bon. Et ça m’embête. Ce sont deux vins complètement différents. Il y a de l’élégance chez Langoa. » Tous les pilotes le diront, il vaut mieux avoir deux « L » qu’une seule…

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Jefferson Desport. Photo Rodolphe Escher.