De gauche à droite : Nicolas Audebert, Pierre Lurton, Roberto De La Mota, Lorenzo Pasquini, Gérald Gabillet.
De gauche à droite : Nicolas Audebert, Pierre Lurton, Roberto De La Mota, Lorenzo Pasquini, Gérald Gabillet.

Débutée il y a vingt ans, Cheval des Andes, l’ambitieuse aventure argentine du château Cheval Blanc (1er Grand Cru Classé A de Saint-Emilion) et de Terrazas de los Andes (groupe LVMH), atteint enfin l’âge de la maturité. Pour célébrer cet anniversaire symbolique, les vins s’apprêtent à être mis en marché via la Place de Bordeaux.

Nous vous en parlions il y a moins de trois ans, à l’occasion d’une dégustation verticale organisée à Saint-Émilion : Cheval des Andes, vignoble créé de toutes pièces en 1999 à l’initiative du château Cheval Blanc (1er Grand Cru Classé A de Saint-Emilion, co-propriété de Bernard Arnault et Albert Frère) et du domaine Terrazas de los Andes (propriété de la branche “Estates & Wines” du groupe LVMH), est une ambitieuse aventure argentine qui a pris une bonne quinzaine d’années avant d’atteindre son niveau d’équilibre – ou, pourrait-on dire, l’âge de la maturité. Il y a quelques jours, Pierre Lurton, qui préside à la destinée de Cheval des Andes depuis le premier jour, réunissait à Cheval Blanc toutes celles et ceux qui ont participé au succès de cette aventure, célébrant au passage un vingtième anniversaire ô combien symbolique.

Les quatre fantastiques

En première ligne, il y a d’abord les quatre directeurs techniques qui ont dirigé le domaine, disséqué les terroirs, fait grandir le vignoble (qui couvre actuellement 39 hectares en production), affiné le style des vins au fil des années. Le premier d’entre eux, qui a suivi le projet dès le début, Roberto De La Mota, est une grande figure de l’œnologie en Argentine ; il a été suivi de 2007 à 2014 par Nicolas Audebert, qui dirige désormais les châteaux Canon et Rauzan-Ségla à Bordeaux ; puis par Lorenzo Pasquini, technicien italien, de 2014 à 2018, jusqu’à ce que ce dernier reprenne les rênes de Château Giscours, Château du Tertre à Bordeaux et Caiarossa en Italie ; enfin, Gérald Gabillet, passé notamment par Angélus, vient de connaître avec la récolte 2019 (faite en début d’année) son premier millésime en Argentine.

Chacun à sa façon, ces quatre hommes ont contribué à façonner le vignoble de Cheval des Andes et à hisser la qualité des vins, tout en pouvant compter sur l’accompagnement des équipes de Cheval Blanc – à commencer par son directeur technique Pierre-Olivier Clouet. Ce dernier reprend en termes simples et clairs toute l’ambition qui a guidé le développement de Cheval des Andes : “dès le départ, l’idée était de créer un grand cru des Andes. Ne pas faire un vin comme on fait une marque, mais vraiment donner naissance à un cru, qui s’inscrit dans le temps. Ça ne se fait pas en claquant des doigts. Il a fallu du temps pour tirer le meilleur de nos deux terroirs, Las Compuertas et La Consulta, trouver le meilleur mode de conduite du vignoble, entre encépagement, qualité du matériel végétal, gestion de l’irrigation… Tout cela s’est fait grâce au talent des quatre excellents winemakers qui se sont succédé en vingt ans à la tête du domaine.”

Grand frère bienveillant

Dans ce long processus, Cheval Blanc a joué le rôle de grand frère bienveillant, posant son regard et son expérience sur ce lieu totalement différent (un petit monde sépare l’Argentine de Saint-Emilion…) mais communiquant sa philosophie : “on n’est pas là pour expliquer comment faire un grand vin”, poursuit Pierre-Olivier Clouet. “On veut faire un vin argentin, fidèle à son origine, mais avec une certaine vision de la fraîcheur et de l’élégance, passant par des vendanges plus précoces, un travail précis du parcellaire, des extractions douces, éteindre un peu l’exubérance de certains malbecs pour aller vers plus d’équilibre, de suavité dans le toucher des tanins. C’est cette somme de détails qu’il a fallu régler, et aujourd’hui, on peut dire que Cheval des Andes a fini son adolescence”.

Pour marquer comme il se doit ce passage à l’âge adulte, Cheval des Andes franchit également un cap dans sa commercialisation en revenant dès septembre sur la Place de Bordeaux : la force de frappe du négoce bordelais n’étant plus à prouver, et certains grands domaines internationaux ayant déjà recours avec succès à son expertise, Cheval des Andes va travailler avec un pool resserré de sept négociants pour la mise en marché du millésime 2016. Moët Hennessy, qui assurait l’intégralité de la distribution jusqu’alors, garde la main sur le marché sud-américain et les Caraïbes, soit environ 15 000 bouteilles sur les 60 000 produites au total (prix public conseillé 70 €).

Vingt ans de verticale

A l’heure de regarder dans le rétroviseur et d’appuyer sur l’accélérateur pour se projeter vers l’avenir, c’est avec une certaine émotion que Pierre Lurton a réuni autour de lui cette équipe internationale qui incarne ce qui peut se faire de mieux lorsque le vin est fait avec passion et conviction. La dégustation verticale conclut avec maestria ce cycle de vingt ans :

Le millésime inaugural, 1999
(Roberto De La Mota), est une rareté, le premier millésime commercialisé étant le 2001. 55% cabernet sauvignon 45% malbec, une belle trame acide, des arômes de cerise noire, de prune, de figue, de légères notes grillées, une trame tannique élégante. Un beau marqueur pour les générations à venir.

2006 se révèle plus austère et sur la retenue, avec un profil serré, droit, mais juteux, savoureux, légèrement alcooleux. Millésime chaud.

2012 (Nicolas Audebert), nez pulpeux, racé, une bouche juteuse et bien pleine, un fruit mûr, un registre sexy.

2013 (Nicolas Audebert), millésime frais, plus croquant, de la fraîcheur, des notes de cerise très prononcées, un profil salivant. Un coup de cœur dans cette série.

2014 (Lorenzo Pasquini), grande proportion de malbec (83%), très identitaire, musculeux mais tonique, trapu, concentré mais non dénué d’élégance. Atypique et séduisant.

2015 (Lorenzo Pasquini), millésime chaud et humide, bouche tapissante, onctueuse, un poil trop mûre, jus très dense et plein. La fraîcheur en finale vient donner un zeste à ce vin assez démonstratif.

2016 (Lorenzo Pasquini), certainement le plus abouti à ce jour, un millésime d’évolution technique, intégralement issu de la production du vignoble de Cheval des Andes, mais marqué par le phénomène climatique El Nino, donc très pluvieux. Vin ciselé, précis, élancé, puissant mais racé et long. Accompli.

Enfin, Gérald Gabillet a fait déguster trois lots du millésime 2019 récolté en février dernier : deux lots de malbecs issus des terroirs de Las Compuertuas et La Consulta, et un lot de cabernet sauvignon issu de Las Compuertas, pour finir par un assemblage 50% malbec / 50% cabernet. L’ensemble séduit par le profil très marqué de chaque terroir et chaque cépage, avec des identités très affirmées, et l’assemblage indique une progression constante dans la recherche d’équilibre. L’ensemble est intense, capiteux, dense, pulpeux, mais souligné par une belle tonicité et une structure de très belle facture. Ce Cheval des Andes, pour ses 20 ans, semble résolument prêt à galoper.