La vendange mobilise 120 000 cueilleurs en Champagne, porteurs de paniers, débardeurs, pressureurs, cuisiniers… Chez la maison Cattier en Montagne de Reims, 90 saisonniers ou permanents bouclaient hier la récolte 2014. Ambiance.

Un bon champagne c’est d’abord un bon raisin. Cette évidence se comprend lors des vendanges, qui mobilisent 120 000 personnes en Champagne. Beaucoup de gens du voyage ou d’étrangers (pays de l’Est surtout) mais aussi des habitués devenus amis et jusqu’à 15 000 vendangeurs placés par les agences régionales de Pôle emploi.
Ainsi chez Cattier, maison encore familiale et indépendante en Montagne de Reims et qui produit 1 million de cols, la vendange 2014 aura mobilisé 90 femmes et hommes durant 8 jours. Beaucoup de saisonniers habitués et quelques nouveaux, des Polonais et bien sûr les salariés permanents.

A l’heure ou à la tâche ?

Hier c’était jour de quille pour la coupe et l’heure d’un premier bilan. Côté cueilleurs, le responsable Mano (21 vendanges au compteur) confirme « de belles conditions de travail, un soleil quasi permanent et une équipe soudée et active ».
Pour cueillir, 56 personnes œuvraient à l’heure, 18 à la tâche (au kilo). Sachant qu’en moyenne, un bon cueilleur payé à l’heure coupe 500 kg chaque jour, le double est possible pour les meilleurs à la tâche, ces besogneux qui bossent en équipe (plus on coupe ensemble, plus on gagne). Autre constat de Mano : « Beaucoup de cueilleurs ont déjà un boulot, pour eux les vendanges sont un bonus indispensable. » Ce satané pouvoir d’achat en berne…

C’est payé combien, d’ailleurs ?

Le salaire de base n’est ni élevé ni secret, rappelé par la DGCCRF (répression des fraudes) : le SMIC soit 9, 53 € brut de l’heure si vous êtes cueilleur, 9, 84 € de l’heure si vous êtes « porteur de petits paniers à bras » (distribution des caisses, vidage des paniers dans les caisses), 10, 16 € de l’heure si vous assurez de façon habituelle le « débardage » (transport des caisses pleines en bout de vigne, aide au chargement) et au minimum 0, 18029 € /kg à la tâche.

La journée dure en moyenne 8 heures et au salaire de base s’ajoutent l’indemnité de fin de contrat (10 % du salaire total) et l’indemnité de congés payés (10 % du salaire total y compris l’indemnité de fin de contrat).

Cattier vendanges photo 2

Maturité au top

Une fois les raisins dans les paniers puis en cagettes plastique de 50 kg, il faut vite les acheminer au pressoir. Chez Cattier à Rilly-la-Montagne, 160 bacs sont ainsi soulevés et vidés pour remplir le pressoir de 2 marcs (8000 kg). L’idéal pour une musculation naturelle, n’est-ce-pas Sébastien et Romain ? En cuverie, Emilien Boutillat (l’un de 3 œnologues) savoure la qualité du jus « fort d’une belle acidité et d’un remarquable degré alcoolique potentiel. En début de vendanges le degré était de 9, 6° et nous avons ce dernier jour rentré des raisins à 11° potentiels ! »

Bien nourrir les travailleurs

C’est l’heure du déjeuner. Les saisonniers et permanents s’attablent à Chigny-les-Roses cette fois (siège de la maison Cattier) pour engloutir le menu copieux servi par Amandine et Audrey. Hier midi : saucisson sec-cornichons, betteraves rouges, salade de pâtes, saumon en sauce-épinards, fromages et île flottante. Un bon café et zou, c’est reparti dans les vignes pour cette dernière après-midi de vendanges. Les traits sont fatigués, les dos, jambes et articulations dégustent… Il faudra encore tenir et éviter les coupures, glissades ou piqures d’insectes. Si le travail n’exclut pas les rires et chants aux vertus apaisantes, le dos qui trinque restera sourd…

Combien coûtent les repas et l’hébergement ?

Le montant publié par le syndicat général des vignerons est le suivant : 1, 50 € le petit déjeuner, 8, 95 € le déjeuner et 5, 97 € le dîner (soit 16, 42 € qui peuvent être retenus par jour et par vendangeur, lequel choisit en fonction de ses choix et besoins).
La nuit, les saisonniers sont logés gratuitement en dortoirs (pour les grosses structures qui les emploient) ou chez le vigneron. Et pour ceux qui se déplacent, le trajet peut sous condition être indemnisé. Après les efforts enfin la paye : elle doit être réglée par chèque ou virement, sauf si le salarié demande par écrit à la percevoir en espèces et si le salaire est inférieur à 1500 €.

Courage à tous les vendangeurs !

Thierry Perardelle

www.cattier.com

Photo d’ouverture : Parmi les salariés permanents chez Cattier : Nathalie, Mano, Guillaume, Cédric et Joëlle.
Photo centrale : Les saisonniers Sébastien et Romain chargent le pressoir de 8000 kg. Très physique…
Photo ci-dessous : Emilien l’œnologue, ici devant les cuves béton, confirme une très belle vendange 2014.

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