Tout a commencé par une dégustation comparative, dont les vignerons du Nouveau Monde connaissent l’impact marketing depuis le Jugement de Paris (1976). La winemaker Helen Turley et son mari le vigneron John Wetlaufer, propriétaires de la réputée winery Marcassin (Sonoma), avaient convié le critique Robert Parker à une dégustation de leurs millésimes 2006. Le chardonnay y était comparé à un Chevalier Montrachet 2006 (Domaine Leflaive, Grand Cru de Puligny-Montrachet). Le pinot noir faisait quant à lui face à un La Tâche 2006 du mythique Domaine de la Romanée Conti (DRC).

Les commentaires de dégustation de Robert Parker se sont révélées assassins pour les cru bourguignons et élogieux pour le Marcassin. Le Puligny-Montrachet biodynamique a été qualifié de « léger, acide, botrytisé, même pas qualifiable de Mâcon », tandis que le flacon du DRC était « quasiment imbuvable : métallique, végétal, effroyablement aigrelet. Il est clair qu’il a été tiré de fruits qui n’était pas mûrs. Les prestigieux vins de Marcassin écrasent sans conteste ses concurrents. »

Fiers de ce succès inespéré, Helen Turley et John Wetlaufer ont alors décidé d’offrir leurs conseils aux viticulteurs bourguignons Dans leur newsletter intitulée  « la Bourgogne et la rareté de la maturité : les mythes ont la peau dure », ils critiquent les pratiques culturales bourguignonnes : de la taille des vignes à l’état sanitaire du vignoble, en passant par le « climat trop humide » et la « mauvaise gestion de la canopée ». Le caractère excessif de cette newsletter qui fait d’une simple expérience un cas d’école transposable à une région entière, aussi diverse et variée que puisse l’être la Bourgogne, a suscité de vifs commentaires de part et d’autres de l’Atlantique.