©Michel Jolyot
©Michel Jolyot

L’événement ne s’était pas tenu depuis deux ans, covid oblige. Le dîner de gala de l’Association Coteaux Caves et Maisons de Champagne Patrimoine mondial s’est réuni la semaine dernière avec comme invités de marque, les ambassadeurs africains à l’Unesco. Une belle rencontre à l’issue de laquelle ont été remis quatorze prix « Pierre Cheval ».

Les bénéfices du dîner de gala de la Mission Unesco sont toujours reversés à une cause en lien avec la philosophie de l’inscription de la Champagne. Ces dernières années, Pierre-Emmanuel Taittinger, son président, s’était appuyé sur la poignée de main historique d’Adenauer et De Gaulle devant la Cathédrale de Reims, pour mettre en avant la thématique de la réconciliation. En 2017, l’association avait ainsi récompensé l’association Simon de Cyrène, consacrée aux personnes handicapées, pour souligner l’importance de la réconciliation avec son corps. Cette année la Mission a pris une orientation un peu différente, en reversant les bénéfices de l’événement (26 000 euros) au Fonds du patrimoine mondial africain.

Comme le rappelle Véronique Roger-Lacan, ambassadeur de France à l’Unesco, par ce geste, l’Association Coteaux Caves et Maisons de Champagnes Patrimoine mondial ne fait en réalité que remplir ses obligations induites par l’inscription du bien. Celles-ci impliquent en effet non seulement l’obligation de conserver son patrimoine « mais aussi de faire rayonner et de diffuser son savoir-faire acquis dans le cadre de ce classement pour faire en sorte que le patrimoine soit protégé partout ailleurs. » Le choix de l’Afrique tombait sous le sens compte tenu du faible nombre de biens protégés sur ce continent, seulement 139 sur 1154 au niveau mondial. La France à elle seule en compte 49… À contrario, l’Afrique bat le triste record du nombre de sites placés sur la sous-liste de l’Unesco des biens en péril (21 sur les 51 recensés).

À l’UNESCO, les diplomates africains font pourtant preuve d’une grande cohésion. « L’Union africaine vue de loin, c’est la misère, la famine, on reste sur nos anciens poncifs, mais politiquement, il s’agit du groupe le plus structuré et le plus uni du monde. Lorsqu’ils sont entre eux, ils débattent farouchement pour défendre chacun leurs intérêts, mais une fois qu’ils ont trouvé une position commune, c’est comme l’administration américaine, on ne peut plus rien bouger, on ne peut plus négocier et ils obtiennent ce qu’ils veulent. »

Pour autant, ces ambassadeurs souffrent de plusieurs obstacles dans l’avancée de la protection des biens en Afrique. Il y a d’abord ce principe chez les représentants politiques africains qui consiste à toujours donner la priorité au développement économique. Sur un continent où la faim reste un problème récurrent, cette approche est compréhensible mais fait passer à tort la préservation du patrimoine pour un luxe. Véronique Roger-Lacan a rappelé le cas de Nasser en Egypte qui ne s’était guère ému de ce que la construction du barrage d’Assouan qui devait augmenter les surfaces cultivables, provoquerait l’inondation des temples d’Abou Simbel. L’Unesco avait alors mobilisé l’opinion mondiale et les monuments avaient été entièrement démontés. Un événement qui fut à l’origine même du développement du concept de « patrimoine universel »… Le deuxième obstacle réside dans le manque de capacités, non seulement financières mais aussi techniques. C’est pour pallier à ces deux lacunes, qu’a été créé le Fonds du patrimoine mondial africain, qui lève des fonds et soutient la formation de nombreux techniciens qui seront à même de monter les dossiers complexes d’inscription.

Comme à l’accoutumé, Pierre Emmanuel Taittinger a remis les prix « Pierre Cheval » pour récompenser les plus belles initiatives d’embellissement du vignoble. Il en a profité pour rendre un hommage appuyé à Pierre Cheval à qui l’on doit l’inscription de la Champagne. « Pierre avait une telle abnégation qu’il s’est battu pour toute la Champagne alors qu’il était Ardennais ! ».

Quant au trophée qui représente justement un cheval, il a souligné qu’il s’agissait évidemment d’un cheval ardennais, « le seul qui ait tenu au cours de la campagne de Russie et permis de ramener les derniers soldats de l’empereur ». Parmi les 14 lauréats, on mentionnera le nouveau centre d’interprétation d’Aÿ Pressoria, le Musée du champagne d’Epernay, la Résidence Eisenhower du groupe Epi, les vignerons de la Vallée du Flagot, ou encore la Maison Joseph Perrier à Châlons, récompensée pour ses très beaux aménagements oenotouristiques…