Clos des Capucins, Domaine Faller, Domaine Weinbach, trois noms pour le même vin et les trois dames qui l’ont rendu célèbre. Sa figure tutélaire Colette Faller s’est éteinte le 7 février à Kaysersberg (Haut-Rhin).

Nombreux sont les amateurs de vin qui ont découvert l’Alsace dans les yeux bleus de Colette Faller autant que dans leur verre de riesling ou de gewurztraminer. C’est en effet dès 1979 que cette grande dame du vin a pris son bâton de pèlerin pour faire connaître le domaine Weinbach, à la mort de son époux Théo, figure de la viticulture et de la politique alsacienne. Si elle n’a jamais fait le vin elle-même, elle a su imposer une qualité et surtout son goût pour un fruit cristallin et pur, à une époque où la région ne jouissait pas de la meilleure réputation.

Ce qu’elle a fait pour son domaine familial de Kaysersberg a rejailli sur l’Alsace entière, qu’elle représentait avec brio au cours de ses voyages, tout en ponctuant ses dégustations d’un « venez nous voir en Alsace ! » aussi enthousiaste qu’irrésistible. Elle a été rejointe au domaine par ses filles Cathy d’abord, à la commercialisation, Laurence la cadette ensuite, qui s’est avérée une vinificatrice hors pair. Ce trio féminin porta les vins du domaine à leur apogée. Connus et vendus aux quatre coins du globe, ils dorment dans les caves des amateurs patients et trônent sans attendre sur les tables étoilées. Mais cette reconnaissance n’a jamais empêché les Dames Faller de recevoir chaleureusement dans les salons lambrissés du Clos de Capucins, douillets l’hiver et frais l’été. Cavistes, sommeliers, clients ou simples amateurs curieux ont toujours pu déguster la gamme des vins, reçus comme des rois par l’une ou l’autre de ces dames.

La disparition subite de Laurence Faller, en mai dernier, a sans doute porté un coup grave à Colette qui atteignait ses 86 ans cette année. Cathy Faller, la fille aînée, se retrouve à la tête du domaine avec son fils Théo. Gageons que le terroir de Kaysersberg, qui abrite le granitique grand cru Schlossberg et l’hérédité leur donneront la force de poursuivre l’œuvre initiée au plus haut niveau par leur mère et leur grand-mère.

Isabelle Bachelard