(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Pierre Acquaviva du Domaine Alzipratu, en AOC Corse-Calvi, propose depuis cet été une balade entre vignes et chai pour les visiteurs « qui veulent comprendre le vin et la Corse ».

Il faut y monter tout là haut à Zilia, hors des sentiers battus et des plages entre l’Ile Rousse et Calvi au nord de la Corse, entre les vallées de Figarella et Reginu. Mais en arrivant au domaine d’Alzipratu, face au cirque du Monte Grossu, on est déjà récompensé par le panorama à 360 degrés entre la montagne et ses villages accrochés aux falaises et aux coteaux et la baie de Calvi avec la citadelle au loin et les flots de la Méditerranée qui attendent le coucher du soleil. Pierre Acquaviva, vigneron ici depuis plus d’un quart de siècle, a repris le domaine familial à la suite de son père Maurice il y a une quinzaine d’années, et dans une île où l’œnotourisme se limite encore souvent à l’ouverture d’un caveau, Pierre aime partager son amour de la Corse, de la Balagne, de ses vignes et de ses vins.

Depuis cette année, deux jours par semaine en fin d’après-midi*, il propose aux visiteurs « en quête de sens et qui veulent comprendre » de l’accompagner dans le vignoble. Il y explique les terroirs, la formation des sols granitiques, les paysages au pied du Monte Grossu, les cépages locaux comme le sciaccarellu, le niellucciu, le vermentinu, les grands principes de vinification, les différents contenants des vins (cuvées, fûts, barriques, œufs, jarres…) Dans les vignes autour de la cave, Pierre Acquaviva apprend à ses visiteurs à reconnaître les cépages à partir des découpes des feuilles, explique l’intérêt des fortes amplitudes thermiques en altitude pour conserver de la fraîcheur dans les vins, les différentes cultures dans le paysage : les céréales, longtemps la base de l’alimentation, au-dessus des villages perchés, les oliveraies dans les talwegs, les affaissements où coulent les ruisseaux, les fruitiers et les potagers à flanc de coteaux avec parfois un cochon dans l’enclos, les chèvres sur les pentes, et en bas, les jardins et les vignes, et des brebis dans la vallée pacageant sous les oliviers qui donnent ces huiles douces, traditionnelles dans l’ile.

Mets & vins en chai

Il y a un demi-siècle, la Corse comptait 30 000 ha de vignes réduites aujourd’hui à 6000. La viticulture domestique a été remplacée par une viticulture industrielle dans les années 60 avant la redécouverte des cépages autochtones et un virage à 180° vers une vinification plus qualitative depuis les années 90 ; les jeunes générations, au lieu de fuir sur le continent, sont revenues s’installer dans l’ile et rapportent au domaine des connaissances techniques et ampélographiques plus pointues pour élaborer des cuvées mieux valorisées.

En cave, Laurence, la collaboratrice de Pierre, prend le relais pour expliquer comment sont élaborées les différentes cuvées et faire déguster 5 vins en AOC Calvi, IGP Île de Beauté ou même en Vin de France, qu’elle commente en les accompagnant de 5 mets corses (crème au brocciu, tapenade, tomme de brebis, charcuteries) et deux huiles d’olive. Chacun repart avec quelques immortelles (a maredda), ses fleurs des montagne dont on vante les vertus de l’huile essentielle et dont on retrouve parfois les arômes au palais. La dégustation peut se prolonger au caveau avec d’autres flacons avant de redescendre sur Calvi. Et a prestu, pour goûter les nouvelles cuvées encore en élevage…

*Mardi et jeudi 18h30 sur rendez-vous au domaine 04 95 62 75 47 ou à l’office de tourisme de Calvi (40€/pers.)