Presque toutes les Maisons ont sorti leurs millésimes 2008. Billecart-Salmon commence tout juste avec sa cuvée rosée Elisabeth Salmon que nous avons pu déguster avec Mathieu Roland-Billecart. Le jeune président, qui incarne la 7ème génération à la tête de l’entreprise familiale, présentera ce soir au public cette nouvelle édition lors d’un live sur Instagram, en compagnie de Paz Levinson, cheffe sommelier exécutive des restaurants Anne-Sophie Pic.

Si la cuvée Elisabeth Salmon a été créée en 1988 par Jean Roland-Billecart, le champagne rosé est une tradition de la Maison Billecart-Salmon qui remonte au moins aux années 1840, date de ses premières étiquettes « œil de perdrix ». On a aussi retrouvé dans les archives une lettre d’un client datée de 1871 avec cette requête amusante qui témoigne déjà de la qualité de ces vins : « Je vous prie de m’expédier un panier de 25 bouteilles de champagne rosé à 21 francs comme d’habitude, à moins que la teinte n’en augmente le prix, ce que je subirais ».

Le nouveau millésime 2008 qui fera l’objet d’une présentation publique par Mathieu Roland-Billecart sur Instagram aujourd’hui à 17 heures est très séducteur. Dans ce rosé d’assemblage, le vin rouge ne représente que 9 % de la cuvée. C’est un tout petit peu plus que sur le Brut rosé sans année, il faut en effet permettre à la couleur de tenir dans le temps. Les raisins qui ont servi à sa composition sont issus de la parcelle de Valofroy, qui appartenait autrefois au vignoble de la Maison Montebello et où les ceps atteignent l’âge canonique de 80 ans ! Plantés à Mareuil-sur-Aÿ au pied de la statue Notre-Dame-du-Gruguet et exposés plein sud, ils apportent une belle concentration. Pour les chardonnays (45 %), le chef de caves s’est approvisionné sur les grands crus de la Côte des blancs : Chouilly, Cramant et le Mesnil, en excluant exceptionnellement Avize. « Chouilly apporte l’aspect ciselé, le côté dentelle et floral, Cramant la minéralité et Mesnil, au bout de huit ans en général, une richesse et une structure qui viennent englober des crus plus légers comme Chouilly et donnent à l’ensemble une certaine prestance » explique Mathieu. Pour les Pinots noirs (55%), la Maison nous entraîne sur la Montagne de Reims à Ambonnay, Bouzy, Verzenay, Verzy et Mareuil-sur-Aÿ.

Une construction potentielle de garde de dix voire vingt ans

Évidemment, il faut s’attarder sur les conditions climatiques particulières de l’année : « 2008, c’est le millésime typique qui n’existe plus. Un printemps basique humide, une floraison assez longue et assez tardive, des vendanges très saines qui ont commencé le 20 septembre et se sont achevées le 10 octobre chez Billecart. » Le raisin a pu mûrir lentement et sans à-coups, tout en conservant un bon niveau d’acidité, renforcée par le choix de la maison de bloquer 60 % des fermentations malolactiques. « Il faut que le vin ait une colonne vertébrale d’acidité noble pour lui garantir sa fraîcheur qui est particulièrement visible sur le millésime 2008 par rapport à 2007 ou 2006. Il y a cet aspect salin et frais très caractéristiques alors que le 2007 avait ce nez de pâtes de fruits et des arômes un peu plus compotés, plus riches, sur des fruits noirs comme le cassis et la mûre. »

À noter aussi l’intégration pour la première fois dans la cuvée de 17 % de vins vinifiés en fûts qui donnent cette légère pointe vanillée même si la Maison recherche un marquage le plus léger possible. La signature doit en effet rester la fermentation à basse température et l’intérêt du bois réside d’abord dans la micro-oxygénation.

Très clairement, la cuvée se situe sur un autre registre que celui un peu pimpant et très fruité du Brut rosé. « Il y a certains amoureux inconditionnels du Brut rosé qui refusent de faire le switch pour déguster Elisabeth et inversement ! » Aux arômes de fruits rouges et d’agrumes toujours sympathiques s’ajoutent en effet un côté beurre fondu, pâtissier, clafouti et surtout des épices qui donnent une vraie profondeur. « S’il n’y a pas ce dernier niveau tertiaire, ce ne sera pas une cuvée Élisabeth. Parce qu’au-delà du fait qu’elle sort plus de dix ans après le tirage, on sait qu’il y a aussi ensuite derrière une construction potentielle de garde de dix voire vingt ans. »

Découvrez la cuvée Elisabeth Salmon 2008 en live sur instagram sur le compte de la Maison @CHAMPAGNE­_BILLECART­_SALMON (17 h en français, 18 h en anglais).
Prix recommandé : 190 €