(Photo crédit : WeShoot)
(Photo crédit : WeShoot)

Le dernier Terre de vins (numéro 70) est arrivé en kiosques, conclu comme chaque numéro par le billet de notre fidèle ami, Pierre Arditi. Pour cette chronique confinée, le comédien amateur de vin et de gastronomie pousse un coup de gueule pour la défense des « vieux », à l’expérience précieuse, surtout dans le vin !

Quelques strophes furieuses et un verre de Luneau-Papin…

En ces temps difficiles, impossible de ne pas réagir vigoureusement à cette tendance qui consiste à penser que « les vieux » (oui, avant c’était « les personnes âgées », maintenant on en est aux grossièretés !) devraient quasiment cesser d’exister pour ne pas contrevenir à la vie des « jeunes », à leurs libertés, bref à effacer les plus âgés pour qu’ils laissent le champ libre à ceux qui le sont moins ! ÂGÉS !
Si je suis absolument convaincu qu’il faut vacciner en priorité les plus jeunes pour les protéger (en particulier les étudiants, avenir de notre pays), peut-on rappeler que « les vieux » en question sont les premiers à être confinés ! On imagine mal, par exemple, nos seniors aller danser le rock à 90 balais dans des fiestas clandestines. Et puis c’est quoi, à la fin, être vieux ? Je connais des vieillards de 20 ans et des gamins de 80 ! (Il faut regarder Edgar Morin qui en a 100 et qui aujourd’hui est amoureux comme un adolescent !)
La jeunesse c’est, avant tout, un état d’esprit. J’en veux pour exemple un certain nombre de vignerons, et non des moindres, qui après avoir fait du vin toute leur vie avec passion, passent la main aux enfants, mais demeurent à portée, si besoin, leur expérience étant précieuse et éternelle. Personne ne peut se donner le droit de mettre sur la touche qui que ce soit, toutes les vies se valent, même si elle se goûtent différemment selon les âges. Pourquoi ne pas rouvrir les camps pendant qu’on y est !!! Pardon, mais il fallait que ça sorte…
Pour retrouver mes esprits, j’ai ouvert une bouteilles de Muscadet et Sèvre et Maine du domaine Pierre Luneau-Papin : Gulla Anna. Une franche merveille, tout ce qu’on aime, une grande matière, belle puissance et grande fraîcheur, un superbe blanc qui illuminera le repas, et qui plus est, bâti pour la garde. Ne jamais oublier que le muscadet n’est pas un vin de comptoir, mais un grand vin, qui peut atteindre des sommets, à des prix très abordables.
Pierre Luneau-Papin a transmis le domaine à son fils Pierre-Marie (comme moi) et sa belle-fille Marie. Ils sont jeunes et talentueux. Le père a créé ce qu’ils vont poursuivre, armés par lui ils feront ce qu’ils sont… Où est la vieillesse là-dedans…