(photo Bicanski)
(photo Bicanski)

Provence et Gard ont été durement touchés jeudi 26 mars. Dans le reste du pays, les dégâts restent limités. Mais les prévisions météo de la semaine prochaine inquiètent, dans un contexte déjà catastrophique pour beaucoup de vignerons.

L’année 2020 semble s’acharner sur les vins français. Après les taxes Trump et le Brexit, et en pleine crise sanitaire, le gel printanier atteint un peu plus le moral des producteurs. Dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 mars, des températures négatives ont occasionné des dégâts sur les bourgeons, particulièrement dans les vignobles du sud. Il est trop tôt pour estimer précisément les pertes, surtout dans un contexte de confinement empêchant les remontées d’information. Mais deux régions semblent particulièrement concernées :

Les côtes du Rhône : le secteur Ventoux/Luberon fait partie des zones les plus sinistrées, ainsi que le Gard. “C’est catastrophique pour les chardonnays et les muscats”, déplore Thomas Vidal, du domaine de l’Aqueduc, non loin d’Uzès. Le producteur de Pays d’Oc et Duché d’Uzès ne peut avancer d’estimation pour l’instant, mais reste pessimiste. “On attend les conclusions de l’expert. Même les cépages rouges, moins avancés, pourraient être touchés.”

En Provence, si le littoral semble épargné, de nombreux vignobles des terres ont souffert. Les températures ont atteint par endroit les -6°C. Probablement un record. Les coteaux d’Aix sont touchés, ainsi que le Var. “Tout ce qui a poussé, c’est à dire les grenaches, a gelé. On a eu jusqu’à -4°C. Ici, c’est du jamais vu”, déplore d’un ton grave Alain Baccino, du domaine des Peirecèdes à Cuers, au nord de Toulon. Le vigneron sait déjà qu’une partie importante de la récolte est perdue.

D’autres régions ont échappé au pire, mais s’inquiètent pour les semaines à venir :

En Bourgogne, un air sec a préservé les bourgeons. Mais les viticulteurs se tiennent prêts en cas de récidive. “La semaine prochaine les prévisions annoncent du gel, de l’humidité et du vent. C’est le pire des scénarios”, prévient Armand Heitz, vigneron à Chassagne-Montrachet et président de l’appellation. À Chablis, le domaine Long-Depaquit se protège grâce à l’aspersion : “on arrose les bourgeons pour créer une couche de glace qui, paradoxalement, va jouer un rôle d’isolant”.

Aspersion des vignes à Chablis (crédit : Domaines Albert Bichot)

Dans le Bordelais, “pas de dégâts significatifs, il n’y aura pas d’impact global sur la récolte cette fois-ci”, souffle l’interprofession. Pour autant, de nombreux vignerons étaient sur le front la nuit dernière mais la plupart ne sont pas encore en mesure d’évaluer les dégâts réels de cette première vague de températures négatives sur les premiers bourgeons. Partout, on regarde avec inquiétude la météo de la semaine à venir.

Dans la Loire, quelques dégâts très localisés sont à déplorer, mais globalement les vignes ont évité le pire. Pour François Robin, de la fédération des vins de Nantes, “on est passés à côté”, même si “tous les matériels de protection ont été déployés”. Touché trois fois par le gel ces quatre dernières années, le vignoble de la Loire s’organise. L’interprofession se félicite cette année des nombreux investissements réalisés, notamment dans des stations météo et du matériel de lutte.

Ci-dessous : publication Facebook du vigneron saumurois Antoine Sanzay.