Hier soir, au pavillon Gabriel, le jury a remis à Alain Baraton le prix Gosset pour son action en faveur de la défense des arbres. Un prix spécial a aussi été décerné à la Mission Unesco représentée par Pierre-Emmanuel Taittinger pour son travail au service de la préservation du patrimoine champenois. Nous avons profité de cette occasion pour bénéficier du regard que l’héritier d’André Le Nôtre porte sur la vigne.

Quels rapprochements feriez-vous entre votre métier et celui de vigneron ?

Alain Baraton : Quand je plante un arbre, c’est toujours pour les générations futures. Il en va de même dans le champagne. Le vigneron ne l’élabore pas pour l’année prochaine. Je défends aussi l’idée que les arbres font partie du patrimoine et que certains pourraient être classés monuments historiques. Un arbre millénaire devrait être protégé par la loi.  C’est aussi ce que j’aime dans le vin, cette notion de patrimoine. Lorsque vous passez devant ces maisons, elles ont fière allure, ce sont de vieilles élégantes. A Cognac, le pays semble un peu endormi, figé, mais derrière les murs on découvre une activité incroyable, une tradition… On pourrait se dire qu’un chai a une fonction purement pratique mais il y a cette idée dans le vin que lorsque l’on veut produire de belles cuvées, il faut que l’endroit où elles sont élaborées le soit aussi. Je pense par exemple à la cuverie Grand Siècle de Pierre Wilmotte. Au château de Versailles, ce principe est omniprésent. Sur les toits, une partie pourtant invisible, on trouve des statues. Cela n’a aucun intérêt, sauf que cela existe et que c’est merveilleux. J’ai lu qu’avec le réchauffement, on plantait des arbres dans les vignes pour les protéger du soleil. Je trouve cette union des jardiniers et des vignerons pour produire du vin magnifique. Dois-je ajouter que le jardinier que je suis est amoureux de ces paysages de vignes qui vivent avec les saisons ? Lorsqu’elles prennent les couleurs de l’automne ou quand, au plus fort de l’hiver, on a l’impression qu’elles sont mortes, que l’on ne voit plus que des morceaux de bois et que l’on a du mal à imaginer qu’elles vont pourtant renaître à la vie pour donner ces beaux raisins.

Jean-Pierre Cointreau : Cette capacité à se projeter dans le futur qui lie les mondes du vin et de l’arboriculture est en effet extraordinaire. Nous sommes par exemple redevables à Colbert d’avoir planté les chênes de la forêt d’Argonne en prévision de la construction des navires de guerre des siècles suivants. Sans lui, nous n’aurions pas de tonneau aujourd’hui. Quant à cette importance du patrimoine, elle m’a poussé à certifier toutes nos maisons EPV.

Au château de Versailles, avez-vous des vignes ?

Alain Baraton : Nous avions une vigne, modeste, près du pavillon de musique de Marie Antoinette. Plantée à l’époque de la reine, elle avait une vocation uniquement décorative. On considérait cependant que la vigne n’était pas suffisamment élégante au temps des rois pour être à Versailles. Un peu comme les ruches. Nous avons eu l’idée avec Jean-Pierre Coffe et Erik Orsenna dans les années 2000 d’en cultiver près du hameau de la reine. Nous voulions faire un vin du château de Versailles dont la réputation égalerait celle des grands crus. Sauf que nous nous pensions viticulteurs et que nous ne sommes que jardiniers, et moi qui espérais élaborer l’un des vins les plus chers du monde, j’ai réussi à faire le vin le plus mauvais du monde ! J’ai donc produit un épouvantable vin rouge que nous avons mis à dormir en cave. Très optimiste, je m’étais dit que dans quinze ans, il serait peut-être bon à boire. Jean-Jacques Aillagon lorsqu’il a été nommé président du château, m’a téléphoné, il avait appris l’existence de ces flacons et voulait les goûter. Je suis venu dans son bureau, j’ai ouvert le vin avec cérémonie, il en a pris une gorgée et là il m’a regardé méchamment en me disant : « Ne me fais plus jamais ça ».

Jean-Pierre Cointreau a évoqué la nécessité d’intégrer les jardins des maisons de Champagne au classement UNESCO, certains vous ont-ils marqué ?

Toutes les maisons de champagne ont de très beaux jardins d’ornement. Comme si lorsqu’on exploitait la terre, on avait besoin pour se faire pardonner de proposer aussi un jardin qui ne soit pas rentable et productif.

Terre de vins aime : la toute première cuvée Celebris blanc de blancs 2012, aussi bien dessinée qu’un jardin à la Française ! Prix recommandé : 250 €.