César Giron, PDG de Martell Mumm Perrier-Jouët et petit-fils de Paul Ricard, a été élu le 24 Juin dernier à la tête de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux. Terre de Vins a interrogé le nouveau président pour connaître les futures orientations de son mandat et la politique que la FEVS attend du gouvernement pour aider la filière à affronter la crise.

Vous venez d’être élu à la présidence de la FEVS, quels seront les grands chantiers de votre mandat ?

Plus que jamais, l’exportation devient un impératif pour toutes nos entreprises. Dans ces conditions, le rôle de la FEVS est essentiel.
Pour moi, ce rôle est double, comme les deux faces d’une même pièce : d’abord, protéger les exportations de manière globale, ensuite, protéger les entreprises exportatrices.
Protéger les exportations, cela couvre d’abord la protection économique de nos exportations. Nous devons pouvoir proposer nos vins, nos spiritueux, aux consommateurs de tous les pays. Nos consommateurs doivent pouvoir accéder à nos produits de manière aisée, sécurisée, en ayant toute confiance quant à la qualité de nos produits, sans risque de contrefaçon favorisée par les droits de douane ou les taxes élevées. Nous devons continuer dans un contexte de montée brutale du protectionnisme et des guerres commerciales.
Protéger l’exportation, c’est aussi protéger nos entreprises, d’abord par les mesures de soutien à l’export, comme par exemple un mécanisme d’assurance-crédit performant. Nous allons aussi travailler à mettre à la disposition des membres de la FEVS des informations sur les marchés plus fines et plus rapides. Nous y travaillons en ce moment et j’espère qu’un premier niveau pourra être mis en place rapidement. Il permettrait aux entreprises de connaître, non plus seulement ce qui part de France, mais aussi ce qui est importé et distribué dans le pays de destination. Dans une période aussi chaotique que celle que nous traversons, savoir rapidement comment bougent les marchés est un élément clé pour toutes nos entreprises.
Dernier point, la protection de nos exportations, c’est aussi faire face à la montée croissante de mesures qui ciblent la consommation d’alcool davantage que l’abus d’alcool et se doublent parfois de visées protectionnistes. Nous devons tous être parfaitement conscients de ces enjeux. Ils sont moins immédiats, plus diffus mais ils sont sans doute plus dangereux car ils emportent avec eux la destruction de l’image de plaisir et de convivialité qui est constitutive de nos produits.

Le marché américain a vu une explosion des droits de douane sur le vin depuis octobre 2019, d’après vous, quels leviers le gouvernement français et l’Europe peuvent utiliser pour faire revenir les États-Unis sur cette taxation ?
L’Union européenne comme la France se sont toujours déclarés en faveur de l’OMC, qui symbolise un système commercial multilatéral, fondé sur des règles. Ce système repose sur un mécanisme de règlement des différends contraignant, qui assure précisément le respect des règles adoptées par les États et évite la loi du plus fort.
Le système n’est sans doute pas parfait, il faut certainement l’améliorer, en particulier en tirant l’expérience de 25 années de fonctionnement, mais nous n’en avons pas de meilleur aujourd’hui.
Dans ce schéma, la France et l’Union européenne doivent être cohérents avec leur positionnement : nous devons respecter les décisions de l’organe de règlement des différends. S’agissant des aides octroyées au secteur aéronautique, l’UE et la France ont été condamnées par l’OMC au bout de plus de quinze années de procédure. Elles doivent donc se mettre en conformité avec cette décision. C’est la seule façon de régler cette situation. Et tant que nous ne le ferons pas, les États-Unis appliqueront les sanctions qu’ils sont en droit d’appliquer !
Si l’Union européenne et la France ont besoin d’un peu de temps, nous attendons alors qu’ils prennent les mesures appropriées pour soutenir les secteurs qui font les frais de ce choix politique, à commencer par les exportateurs de vins tranquilles français. Les chiffres sont frappants : la perte enregistrée par les vins français aux USA représente 155 millions USD, soit l’équivalent de 300 millions d’euros en rythme annuel. Ce n’est malheureusement pas une surprise, c’est ce que nous avions annoncé dès le début de cette crise.
Nous demandons aussi aux autorités françaises et européennes de ne pas faire de choix de politique économique qui font de notre secteur, parce qu’il est l’un des symboles de l’image de la France à l’étranger et de plus en plus dépendant des exportations, une cible de choix pour les représailles commerciales de nos partenaires économiques. C’est vrai dans le secteur aéronautique, ça l’est également s’agissant de la taxation des services numériques.
Dans un contexte de tensions commerciales croissantes et de crise économique mondiale, la priorité doit être donnée à la recherche de compromis gagnant/gagnant entre les pays, et non à l’escalade tarifaire qui ne fait que des perdants : État, entreprises et consommateurs.

Vous dénoncez l’inégalité entre le plan de sauvegarde qui a été proposé à l’aéronautique pour faire face à la crise du Coronavirus et celui qui a été accordé à la filière vin. Quel serait, selon vous, le montant approprié de l’aide et les mesures d’accompagnement efficaces à envisager ?

Je ne suis pas là pour agiter la sébile en réclamant l’aumône. Les exportateurs savent se confronter à un environnement international mouvant, des situations locales complexes. Cela étant, la crise que nous traversons est, tous secteurs confondus, d’une ampleur inégalée. Mais il y a sans doute au moins deux éléments qui la distinguent assez fortement de la crise de 2009.
En premier lieu, il n’y a globalement pas eu de crise de liquidité : le Gouvernement, en réagissant rapidement avec le PGE, a permis aux entreprises de se financer sans trop de difficulté et c’est certainement un point très positif que je veux saluer.
Le second élément, c’est la durée ou plutôt le temps qu’il va falloir à l’économie française, aux économies de nos clients en général, pour repartir et reprendre un rythme plus normal. Et ce point est crucial car, après avoir passé le premier choc grâce au PGE et autres mesures d’urgence, on risque de devoir affronter une reprise molle, qui va peser à tous les niveaux.
C’est certainement là que nous aurons besoin d’un appui de l’État. Deux exemples : l’assurance-crédit pour les exportateurs tout d’abord. Si un certain nombre de mesures ont été annoncées, notamment le dispositif Cap Relais, elles ne sont pas encore opérationnelles pour les exportateurs. La question se pose de la capacité à mobiliser ces assurances, à un coût raisonnable, pour rassurer nos acheteurs au moment même où nous devons accepter des délais de paiement plus long pour ne pas prendre nos propres clients à la gorge.
Deuxième exemple, la promotion de nos produits dans les pays tiers. L’État doit faire en sorte que le cadre des interventions en matière de promotion de nos produits dans les pays tiers réponde aux besoins des entreprises tout en garantissant une instruction et un paiement rapide des dossiers. Attendre jusqu’à trois ans le paiement des aides alors que les entreprises sont en grande difficulté est simplement inadmissible.
Il y a également des mesures que nous pouvons prendre sur notre marché domestique et qui aideront aussi les exportateurs car il faut souvent être fort sur son propre marché pour affronter l’exportation. Laissez-moi vous donner là aussi deux exemples : une mise entre parenthèses provisoire de certaines mesures de la loi Egalim, comme le SRP ou l’encadrement des promotions, permettrait de relancer la consommation et stimuler la demande. De même, la baisse – provisoire – de la TVA sur les boissons alcoolisées pour la consommation sur place dans les restaurants permettrait de soutenir ce secteur très important en termes d’emplois et d’image de la France.