(photo : Emmanuel Perrin)
(photo : Emmanuel Perrin)

À flanc de montagne, bordant la Méditerranée sur la côte sud-ouest de l’île, l’appellation Ajaccio, née en 1971 et qui détient des records d’ensoleillement et d’altitude, est la patrie du sciaccarellu. La quinzaine de vignerons de l’AOC soignent particulièrement ce cépage « craquant », en rouge ou en rosé. Six d’entre eux nous ont ouvert leurs portes.

Retrouvez l’intégralité de cette Escapade dans le Terre de vins n°68, disponible sur notre kiosque digital.

Épisode 2 : Domaine Comte Peraldi

Vignes en ville
« L’histoire familiale peut être pesante mais elle donne une ligne de conduite », avoue Charlotte Lemonnier en faisant visiter la cave, construite par tranches, avec des cuves béton dans la partie historique pour les rouges et les rosés, des cuves inox de petites capacités pour développer les cuvées parcellaires, des grands contenants en bois pour moins marquer les rouges, des jarres en test pour les blancs… Ici, le sciaccarellu règne en maître mais on y trouve également du vermentinu, du niellucciu et une parcelle de carcajolo nero a été plantée cet hiver. « On essaie de se diversifier car il faut bien reconnaître que le sciaccarellu souffre de plus en plus de la sécheresse. Mais il nous tient à cœur de rester le plus possible dans l’appellation, d’abord parce qu’on est un domaine phare, avec une cinquantaine d’hectares, et le poumon vert de la ville, ensuite parce que l’on a des responsabilités en souvenir de mon grand-père qui s’est battu pour l’AOC et qui a restructuré la propriété, dans les années 60, avec ce cépage qu’il aimait beaucoup car il pinotait comme les bourgognes. » Aujourd’hui, Charlotte travaille avec son frère Amaury (son autre frère, Guillaume, est parti pour d’autres vignobles au bout de cinq ans), et c’est sa belle-mère d’origine roumaine, Mihaela, qui a pris la gérance après la disparition du père, Guy de Poix, en 2011. « Ça nous a donné le temps de prendre le relais en douceur », estime Charlotte. Mais le véritable garant du style Peraldi reste Christophe Georges, qui vinifie depuis trente ans et vient d’être rejoint par Jonathan Raimbault. Chacun des quatre enfants a sa cuvée, Charlotte et Guillaume un rouge, Amaury et Clémence un blanc ; ces flacons complètent la traditionnelle cuvée Comte Peraldi et la cuvée Cardinale, du nom de celui à qui appartenait le domaine au XVIIe siècle, à 100 % sciaccarellu (ne pas manquer de déguster le 2016, poivré sur des notes de myrte, d’olives et de maquis – 27,30 €). Le rosé 100 % sciaccarellu (12,50 €), aérien sur des épices douces, des écorces d’agrumes et une finale poivrée, a été baptisé Guy de Poix « car mon papa buvait beaucoup de rosé et était le promoteur du sciaccarellu ». L’équipe s’essaie actuellement à la biodynamie – « il y a plus de coccinelles, des tortues viennent grignoter le potager mais on se bat toujours contre les sangliers, le fléau, même si, en milieu urbain, ils ne sont pas les seuls à casser les clôtures et qu’il n’est pas facile de protéger la vigne quand on est cerné par la ville ». D’où quelques parcelles un peu plus loin à Cauro, toujours dans l’appellation, et un vignoble à Sartène.

Domaine Comte Peraldi – 20167 Mezzavia
04 95 22 37 30 – Site internet

Épisode 1 : Clos d’Alzeto