(photo : Emmanuel Perrin)
(photo : Emmanuel Perrin)

Au bout de la Corse, l’appellation Sartène s’étire entre mer et montagne, autour de la ville éponyme, que Mérimée surnommait « la plus corse des villes corses ». Une dizaine de vignerons s’y partagent quelque 160 hectares de vignes (la région en a compté dix fois plus au XIXe siècle) disséminés entre les coteaux au-dessus de Propriano et le long des vallées de Tizzano et de l’Ortolo.
Terre de vins vous invite chez six d’entre eux, à travers une Escapade publiée dans notre hors-série Sud 2019.

Épisode 5/6 : Domaine Saparale

Le renouveau du hameau
Le rêve de Philippe Farinelli a toujours été de faire revivre le hameau de Saparale, lubie d’un autre Philippe, Roca-Serra, avocat aventurier qui avait fait fortune en Égypte dans la seconde moitié du XIXe siècle avant de revenir dans son île établir « le domaine agricole parfait ». La famille de Philippe en hérite dans les années 1980, mais le domaine, tout au bout de la vallée de l’Ortolo, abandonné pendant soixante-dix ans après la crise du phylloxera, est à reconstruire, à commencer par le vignoble. Une trentaine d’hectares de cépages corses reprennent pied dans la propriété d’une centaine d’hectares au milieu des oliviers et des agrumes. Philippe n’a de cesse, aujourd’hui, de restructurer après avoir investi dans une cave gravitaire, « au top au niveau œnologique », précise-t-il. « Maintenant, il faut s’attacher à avoir le bon cépage sur le bon terroir avec la densité optimale et l’orientation idéale pour une maturité homogène. » Un travail lancé en collaboration avec les Bourguignon père et fils. Les agronomes ont analysé les sols en creusant des fosses un peu partout. Philippe attend avec impatience ce que donnera en 2020 la parcelle de cépages complantés, rouges et blancs, sur une base de sciaccarellu. En attendant, il aime essayer des microcuvées en monocépages comme le minustellu et le carcaghjolo nero, uniquement vendues au caveau, « juste pour démontrer un savoir-faire, car nous sommes plutôt dans une démarche d’assemblage à Sartène. Cela permet aussi d’apprendre à connaître d’autres cépages autochtones, histoire d’avoir quelques cartouches pour la diversité. » Ici, on ne produit que des AOP – « nous avons suffisamment de demande pour ça » – déclinés en trois gammes : L’Œnothèque pour les microcuvées en expérimentation (34,40 €), Casteddu pour les restaurants gastronomiques et Saparale pour les bars à vin, plus facile à boire, à base de sciaccarellu (9,70 €), « de plus en plus demandés car ils peuvent se déguster frais et se vendent toute l’année, pas seulement l’hiver comme c’était encore le cas il y a cinq ou six ans ». Philippe a tenté en 2018 un Natura rouge, sans soufre ni intrant, à 70 % sciaccarellu complété de niellucciu particulièrement fruité et poivré sur une note de garrigue (12,60 €). Reste le chantier de reconstruction du hameau, qui comprend déjà trois belles maisons restaurées en gîtes et un caveau-boutique en pierre, bois et brique aux murs azur, le tout sous la houlette de la pétillante Julie, épouse de Philippe. Les plans d’architecte sont toujours à l’étude pour la restauration de la maison de maître, qui deviendra peut-être un jour un bel hôtel de charme.
Domaine Saparale – 20100 Sartène
04 95 77 15 52 – Site internet

Épisode 1/6 : Domaine Sant Armettu
Épisode 2/6 : Domaine Fiumicicoli
Épisode 3/6 : Clos Colonna
Épisode 4/6 : Castellu di Baricci