(photo : Emmanuel Perrin)
(photo : Emmanuel Perrin)

À la limite septentrionale des Coteaux-d’Aix-en-Provence, au nord de l’agglomération aixoise, quelques domaines et une coopérative ont su valoriser les terroirs les plus froids de l’appellation, à l’abri du massif de Vautubière ou de la chaîne de la Trévaresse. Ici, les rouges ont su se faire une place au soleil. Démonstration en 6 étapes.

Retrouvez l’intégralité de cette Escapade dans le Terre de vins n°69, disponible sur notre kiosque digital.

Épisode 1 : Château Revelette

La passion des élevages
Il y a une trentaine d’années, Peter Fischer rêvait de vinifier de grands blancs en Bourgogne. Il le fera, mais en Provence, tout en prenant goût également aux rouges. « Ici, tout était à faire et il était facile de s’installer », reconnaît le vigneron d’origine allemande. Diplôme californien d’œnologue en poche, il travaille d’abord au laboratoire d’œnologie de Brignoles, où il apprend à connaître tous les terroirs. « À l’époque, toute la Provence était à vendre, à petits prix, et je venais d’une famille d’industriels avec des moyens. » Il tombe amoureux du château Revelette, sous le massif de Vautubière, de Sandra, la fille du propriétaire, et des 12 hectares au milieu des collines, dans une vallée froide à plus de 330 mètres d’altitude, bénéficiant de fortes amplitudes thermiques idéales pour les blancs. Aujourd’hui, le vignoble compte 27,5 hectares, dont 5 rachetés en 2014 à Esparron, en IGP Coteaux-du-Verdon. Dès 1990, il convertit le domaine en bio, s’essaye à la biodynamie hors certification et va être l’un des premiers à élaborer un vin sans soufre en 2001, à abandonner le collage, à vinifier en œufs béton, à jouer sur les longues macérations… Peter a refait la toiture de la belle bâtisse du XVIIe, construit son propre chai à barriques et beaucoup planté pendant trente ans. Aujourd’hui, il s’attache à remplacer les manquants dans ses vieilles vignes de carignan, de cabernet sauvignon et de grenache, plante encore syrah, carignan, counoise, grenache gris et carignan blanc « pour bénéficier de cépages tardifs au vu du réchauffement climatique », mais également pour transmettre à ses enfants, Clara et Hugo, qui prendront bientôt la relève et à qui Peter et Sandra ont déjà transmis le domaine. En attendant, il soigne toujours avec autant de passion l’élevage de ses vins, va goûter tous les jours entre cuves, œufs, foudres et barriques, de plus en plus accompagné par Clara. Il a fait connaître Jouques et ces beaux terroirs… avant de s’affranchir de l’appellation, notamment pour ses grands vins en monocépage, Le Grand Blanc en chardonnay (29 €), « la raison d’être de Revelette et ce qui [l]’a fait connaître », le Pur Grenache, le Pur Carignan (17,50 €). Il a néanmoins gardé une gamme « pas rebelle » dans les trois couleurs en Coteaux-d’Aix pour faire connaître cette interprétation septentrionale de l’AOP. Mais le vigneron au regard pétillant s’étonne toujours de la demande en rosé sur ces bouteilles, alors que son style et son ambition restent ancrés sur les rouges et les blancs vinifiés en levures indigènes et sans intrants, pour toujours « faire des vins vibrants ».

13490 Jouques
04 42 63 75 43 – Site internet