Dans une « lettre ouverte à mes amis vignerons » dont « Terre de Vins » a eu l’exclusivité, Hubert de Boüard, co-propriétaire du château Angélus, revient sur sa récente condamnation par le tribunal correctionnel de Bordeaux dans le cadre du classement 2012 de Saint-Émilion. Morceaux choisis.

« Je suis né à Saint-Émilion et aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été passionné par ce métier formidable et difficile : celui de cultiver la vigne et d’élever ses vins dans le respect de l’humain et de la nature. » Voici les premiers mots avec lesquels Hubert de Boüard, entame sa « lettre ouverte » qu’il envoie ce matin à ses amis vignerons. Pour la première fois depuis sa condamnation par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour « prise illégale d’intérêts » (60 000 euros d’amende dont 20 000 avec sursis) dans le cadre du classement 2012 de Saint-Émilion, le co-propriétaire du château Angélus prend la parole. Il annonce, notamment, qu’il ne fera pas appel de la décision de justice, souhaitant mettre un terme définitif à ce feuilleton judiciaire qui dure depuis la promulgation du dernier classement : « Pendant toutes ces années, cette procédure a servi mes détracteurs, pour les conduire à alimenter des polémiques sans fin et nourrir des attaques contre ma famille, mes collaborateurs et moi-même. C’est pourquoi, même si je la trouve injuste et injustifiée, j’ai décidé de mettre un terme définitif à ce litige, et de ne pas faire appel de cette décision », écrit-il.

Dans ce courrier, Hubert de Boüard revient sur sa version des faits : « Voilà bientôt neuf ans que je suis la cible d’une accusation particulièrement violente et que j’estime injuste et infondée. Pour jeter le discrédit sur un classement dans lequel ils n’ont pas été retenus, un petit groupe de viticulteurs a multiplié les procédures et les attaques personnelles, en m’accusant, entre autres, d’avoir cherché à utiliser mes mandats pour prétendument influencer les organismes en charge de l’élaboration et de la mise en œuvre du classement. »

« Je n’ai jamais agi de manière contraire à mes valeurs »

Revenant sur la décision du tribunal correctionnel, il rappelle qu’en 2018, « le procureur de la République a requis un non-lieu estimant qu’il n’existait aucune charge sérieuse à mon encontre. J’ai pensé, à tort que cette affaire était enfin terminée » et précise : « Après avoir lu le jugement, je comprends qu’il m’est essentiellement reproché d’avoir, en tant que Président de section du Conseil des Vins, répondu à des demandes qui m’avaient été adressées par le service juridique de l’INAO, dans le cadre de l’élaboration du cahier des charges du classement. Pour moi, ces échanges étaient neutres et transparents, ils étaient conformes aux règles en vigueur au sein de l’INAO. […] En mon âme et conscience, je sais que je n’ai jamais agi de manière contraire à mes valeurs. Je n’ai jamais recherché autre chose que de servir le collectif et surtout, je n’ai jamais avantagé des intérêts particuliers, et encore moins les miens. »

Rappelant ses 50 ans de dévouement au monde du vin, Hubert de Boüard déplore dans cette lettre que « l’engagement public présente des risques que je n’aurais même jamais imaginés lorsque j’ai accepté de m’engager dans ces mandats. Je tiens à rappeler que j’avais été élu à l’unanimité pour représenter l’appellation dans le cadre du Conseil des Vins, et nommé directement par le ministre de l’Agriculture, en connaissance de cause, pour siéger à l’INAO. »

Il tient toutefois à ce que son cas personnel ne dissuade pas les autres professionnels du vin de s’engager au service de leurs appellations : « Au fond, quel que soit mon ressenti, mon expérience ne doit pas décourager celles et ceux, notamment les plus jeunes, qui continueront à s’engager pour défendre avec force et conviction nos appellations et nos instances, locales et nationales, tant enviées par nos concurrents étrangers. »