Entretien avec Philippe Faure-Brac à un mois du coup d’envoi du concours ASI de Meilleur Sommelier du Monde, qui se déroulera à Paris du 7 au 12 février : le président de l’Union de la Sommellerie Française, qui porte ce projet depuis de nombreuses années, fait le point avant l’ultime ligne droite.

J-1 avant le grand jour. Comment se déroulent les derniers préparatifs ?
Cela fait trois ans que l’on travaille sur l’organisation de ce concours, donc heureusement tout est en train de bien se finaliser. Le programme est quasiment bouclé pour toute la semaine de l’événement, la liste des candidats est connue : la totalité des pays sollicités, soit 66 délégations, ont présenté un candidat, auxquels il faut ajouter les vainqueurs des concours « continentaux » de Meilleur Sommelier d’Europe (Italie), des Amériques (Argentine) et d’Asie-Océanie (Singapour). Ce sont donc 69 candidats qui seront en lice pour ce concours ASI de Meilleur Sommelier du Monde. Les délégations sont attendues à Paris le 7 février pour une journée d’accueil qui se déroulera au Pullman Montparnasse, épicentre du concours pendant toute la semaine. Le soir même aura lieu une cérémonie d’ouverture au Quai d’Orsay, dans cette institution de la République qui a vocation à accueillir le monde entier, au son d’un quatuor de l’Opéra de Paris, en présence de la Ministre des Affaires Étrangères et des ambassadeurs de tous les pays concernés.

Comment vont se dérouler les épreuves ?
Les candidats vont s’affronter en 1/4 de finale, pour une épreuve écrite et des épreuves de dégustation, dans l’une des trios langues officielles – français, anglais ou espagnol. Les demi-finalistes seront annoncés le 9 février au soir et s’affronteront le 10 février au Pullman Montparnasse. La finale aura lieu le 12 février à 13h30, en public, au Paris La Défense Arena. Toutes les épreuves ont été coordonnées par le comité technique monde, co-dirigé par Shinya Tasaki (Meilleur Sommelier du Monde 1995) et Olivier Pousser (Meilleur Sommelier du Monde 2000) et dont font partie plusieurs anciens Meilleurs Sommeliers du Monde (Markus Del Monego, Andreas Larsson, Paolo Basso) et autres sommeliers de tout premier plan, comme Véronique Rivest ou Paz Levinson. Le président du jury est William Wouters, président de l’ASI, et pour ma part je suis président d’honneur en tant que président de l’union de la sommellerie du pays hôte.

Doit-on s’attendre à des surprises, des nouveautés pendant cette édition 2023 ?
La grande nouveauté de ce concours est que, pour la première fois, la finale va être ouverte au grand public dans un lieu spécialement prévu pour cela – d’ailleurs la billetterie est ouverte et elle marche déjà très bien ! On attend 3000 spectateurs pour suivre cet événement en direct, et nous avons déjà bon nombre de télévisions, françaises et étrangères, qui nous ont sollicités pour le couvrir. La finale sera suivie d’un dîner de gala réunissant 1000 professionnels. Il va y avoir aussi, pendant toute la semaine, pas mal de belles soirées « off ».
Pour ce qui est des nouveautés ou surprises dans le cadre des épreuves, moi-même je n’en sais rien ! Le comité technique travaille totalement au secret mais je sais que, par tradition, il y a toujours des nouveautés.

Parlons de la candidate qui représente la France, Pascaline Lepeltier. Comment se sent-elle à un mois de l’épreuve, et qu’est-ce qui a été mis en place par la « Team France » pour la préparer à cette compétition ?
Depuis un an que Pascaline a été désignée, on a mis en place autour d’elle une équipe managée par David Biraud (dernier candidat français au concours de Meilleur Sommelier du Monde, NDLR), entouré d’un certain nombre de compétences, pas seulement françaises mais venues du monde entier – il faut rappeler que Pascaline exerce son métier à New York – afin de travailler tout un ensemble de paramètres qui comptent fortement dans ce concours, comme la posture, la prise de parole, la théâtralisation, etc. Toute cette « Team France » s’est mobilisée pour l’accompagner dans le suivi des objectifs qu’elle s’est fixés, pour lui organiser des voyages, des dégustations, mais aussi pour l’aider à parfaire ses connaissances. Pascaline est arrivée il y a quelques jours à Paris pour une semaine et elle travaille dur à la préparation de la compétition, elle revoit des techniques de service au Crillon, elle révise sur le saké, la bière, etc. Ensuite elle va repartir à New York, et elle reviendra pour le mondial.
Bref, c’est une énorme préparation mais ce n’est pas propre à notre candidate : tous les pays le font. Par rapport à l’époque où j’ai gagné le concours il y a 30 ans, où certes il fallait beaucoup de préparation mais où chacun faisait ce qu’il pouvait dans son coin, les choses se sont énormément professionnalisées, comme pour un sportif de haut niveau. Je termine en disant que Pascaline a récemment écrit un live magnifique, différent de tous ce qui a été publié sur le vin, et ce travail de fond qu’elle a accompli constitue indéniablement une force supplémentaire. Enfin, au-delà de son expertise en sommellerie, son bagage en philosophie lui confère une aisance qui frappe ses interlocuteurs.

Le fait de jouer cette compétition « à domicile », c’est un avantage ou une pression supplémentaire ?
C’est clairement un supplément de pression. Mais c’est une pression qui peut être transformée en force. À nous aussi de la protéger pour ne pas trop l’exposer et lui permettre de se préparer sereinement.

On sait tous les efforts que vous avez mis en œuvre pour gagner l’organisation de ce concours, ici en France. À titre personnel, c’est donc une étape très importante. Comment la vivez-vous ?
J’ai eu la chance de vivre le seul concours qui s’est tenu en France à ce jour depuis la création de l’épreuve (1969, NDLR). C’était en 1989, Serge Dubs était notre candidat et il a gagné le titre cette année-là. Pour ma part j’étais Meilleur Sommelier de France sortant, j’étais donc présent en tant qu’observateur impliqué. On rêvait de récupérer cette organisation depuis plus de 30 ans, donc le fait de la décrocher en 2023 a été une énorme fierté. L’enjeu pour moi, en tant que président de l’UDSF, est de faire davantage connaître et rayonner notre métier. De susciter des vocations. C’est pour cela que nous avons offert des invitations à tous les élèves en mention sommellerie de Frane, afin de les motiver à s’impliquer dans notre filière. Notre ambition, c’est d’accueillir le monde entier et de donner une belle image de notre métier. Enfin, à titre personnel, je suis bien sûr très heureux : c’est un travail énorme, beaucoup de temps consacré à cet événement, une grande prise de risque aussi, mais c’est un grand moment à vivre. Mon mandat touche à sa fin mon successeur sera connu au mois d’avril, j’espère donc que tout le monde sortira heureux de cette compétition, que la France et la sommellerie en sortiront grandies.