(photo I. Bachelard)
(photo I. Bachelard)

À Saint-Nicolas de Bourgueil, Frédéric Mabileau était reconnu comme un des meilleurs. Ses vins racés et sa personnalité faisaient briller la Loire et la Touraine aux quatre coins du monde. Un accident d’ULM l’a emporté le 31 août à Saumur.

A la veille des vendanges, le village de Saint-Nicolas de Bourgueil (Indre & Loire) pleure une des figures de son vignoble. Frédéric Mabileau, 53 ans, portait un nom connu en Touraine. Engagé dans une viticulture durable, il avait certifié son domaine de 27 hectares en bio et en biodynamie. Passionné par son pays et son cabernet franc, il s’intéressait aussi aux vins blancs et élargissait son champ d’action dans le Saumurois voisin pour y expérimenter le chenin blanc. Ses vins jouissaient d’une réputation qu’il avait établie, en particulier à l’exportation, grâce à un travail d’équipe avec sa femme Nathalie.

Frédéric Mabileau avait laissé son fils Rémy se former au vin comme à la vie en voyageant et en multipliant les expériences. Lui-même avait en mémoire ce que lui avait apporté son stage aux parisiennes Caves de la Madeleine de Steven Spurrier lorsqu’il était à peine adulte. Nul doute que Rémy Mabileau qui s’impliquait de plus en plus dans le domaine saura dans quelle direction travailler. En juin dernier, il représentait la nouvelle génération lors d’une dégustation de l’appellation, où le Saint-Nicolas de Bourgueil « Les Coutures » figurait parmi les cuvées les plus accomplies.

Un vigneron humble et un esprit curieux

Guillaume Lapaque, ancien directeur de la Fédération des associations viticoles de l’Indre & Loire et de la Sarthe, actuel directeur de la Cave de la Dive Bouteille à Bourgueil se souvient de dégustations avec Frédéric Mabileau, dont il appréciait la conscience et la modestie : “C’était un des plus grands vignerons de Loire, et pourtant, mon humble opinion lui importait, il voulait savoir ce que je pensais de chaque cuvée. L’apanage des grands de vouloir toujours progresser ! J’ai la chance d’avoir de ses bouteilles dans ma cave, que je pourrai partager à sa mémoire dans cinq ans et dans dix ans”. Il se rappelle avec émotion qu’une autre figure de la Loire, Didier Dagueneau, dont la cuvée Silex a donné un éclat si particulier à Pouilly-Fumé, avait disparu au même âge lors d’un accident d’ULM en 2008.