Alors que ses obsèques se déroulent ce matin en l’église de Romanèche-Thorins, Georges Duboeuf, décédé le 4 janvier à l’âge de 86 ans, reçoit les hommages des professionnels de la gastronomie et de la viticulture en Beaujolais.

Georges Duboeuf aura fait couler beaucoup de vin, mais aussi beaucoup d’encre. Comme pour toutes celles et tous ceux qui ont marqué un territoire, un secteur d’activité, une histoire, ils laissent derrière eux des souvenirs parfois contrastés, avec des étoiles dans les yeux de certains, et des nuages chez d’autres.

Mais pour Georges Duboeuf, l’ensemble des acteurs de la filière s’accorde sur le fait que sans lui, le Beaujolais ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Dans le côté positif et parfois dans le côté négatif, mais tous reconnaissent l’esprit d’entreprise et d’innovation qui caractérisait Georges Duboeuf, son attachement profond à ses terroirs et à son vignoble.

“Georges Duboeuf a passé les vins du Beaujolais du noir et blanc à la couleur”, commente Dominique Piron, président d’Inter Beaujolais.
Dans ce contexte des années 50 et 60, où Georges a débuté sa carrière, donner corps à la joie qui s’est incarnée à nouveau dans les vins du Beaujolais, et particulièrement dans les Beaujolais Nouveaux à une époque, a permis de remettre le vignoble en haut de l’affiche.
Pour tous, ce fût un ambassadeur extraordinaire de la région. Jean-François Têtedoie, propriétaire du Café Terroir et de la Cave du Café Terroir à Lyon, met en parallèle les accomplissements de Georges Duboeuf avec ceux de ses complices notoires, Georges Blanc et Paul Bocuse.
“Comme eux en cuisine, il a créé un univers dans son domaine : le vin. Et pas seulement au travers de la maison Duboeuf, mais aussi avec la culture du vin et l’œnotourisme, grâce au Hameau du Vin, qui attire de nombreux touristes dans le vignoble. Bocuse a fait connaître Lyon dans le monde entier, Duboeuf a fait pareil pour le Beaujolais”.

La comparaison avec d’autres négociants qui ont déployé un vignoble au-delà de ses frontières est inévitable : comme Guigal, Chapoutier, il a su rendre sa région et ses vins attractifs, et mettre le gamay en face des cabernets et merlots bordelais était un sacré pari !

Arnaud Chambost, MOF Sommelier en 2000 et professeur au lycée hôtelier François Rabelais, salue lui aussi l’extraordinaire implication dont Georges a preuve tout au long de sa vie.
“Un investissement sans concession et sans relâche dans son entreprise et dans le vignoble, une hygiène de vie irréprochable, une constance et un perfectionniste discret, mais aussi un formidable esprit d’innovation, visionnaire, créatif et attentif aux autres. Il a aidé de nombreux vignerons, restant fidèles malgré les coups durs infligés par certains millésimes et autres événements”.

Georges Duboeuf était un homme contrasté, humble, discret et dévoué à son travail, capable dans le même temps de porter internationalement un vignoble et de fréquenter les vedettes de l’époque.
Fondateur d’un empire, il a aussi jeter les bases d’un Beaujolais nouveau, en bouteille comme dans la vigne, en modernisant la viticulture comme la vinification.

Georges Duboeuf a donc ouvert plusieurs voies, dans lesquelles ont pu suivre des vignerons de talent.
Présent dans les souvenirs d’enfance de Dominique Piron, qui était un peu son “deuxième fils” selon l’épouse de Georges, dans les souvenirs de jeune adulte d’Arnaud, qui a travaillé au Hameau Duboeuf lors de son ouverture, ou dans les souvenirs d’étudiant de Jean-François, qui avait pour mission de mettre en valeur les vins de la maison Duboeuf lors de son stage à Shanghai, effectué pendant ses études à l’Institut Paul Bocuse, une chose est certaine : Georges Duboeuf aura laissé son empreinte par-delà les vignes et jusque dans les vies de chaque Lyonnais ou natif du Beaujolais.

Georges n’a jamais transigé sur la qualité ni sur la transmission. Le Hameau du Vin, véritable œnoparc et fondateur dans l’histoire régionale œnotouristique, atteste de sa quête sans relâche pour faire vivre un monde qui dépasse les individus.

Quant à la qualité de ses vins, certains seront toujours prompts à critiquer les grands négociants pour les profils des vins produits. La classe de BP sommellerie du lycée François Rabelais effectue chaque année une dégustation à l’aveugle des primeurs, avec une sélection comprenant aussi bien le primeur de la maison Duboeuf que ceux de vignerons indépendants, certains en bio, d’autre en agriculture conventionnelle, bref, de tout.
La palme d’or revint en 2018 au Villages de la Maison Duboeuf, et force était de reconnaître que ce primeur était d’une facture plus qu’honorable, que l’on aurait pu rebaptiser “Reviens-y”.