Dans la symphonie des grands crus de Saint-Émilion, Grand Mayne joue sa petite musique. Recalé en 2012, il pense déjà à demain.

On connaît ça, à Saint-Émilion. C’est d’abord l’histoire d’une famille corrézienne enracinée du côté de Meymac, propriétaire depuis 1934 d’un bijou de Saint-Émilion. Un bijou probablement trop discret. Un bijou qui ne scintille pas mais demeure avec son manoir (Mayne) solidement planté en pied de côte, sur cette côte de Francs qui a donné son nom à son voisin Franc Mayne, un château lui aussi classé qui sait davantage faire parler de lui.

Et pourtant ! Grand Mayne, édifié au XVIe siècle avec des pierres extraites des carrières de la région, en impose avec sa tour carrée, encerclée par 17 hectares de vignes. Une superficie qui n’a pas bougé d’un are depuis l’acquisition faite en 1934 par Jean Nony, négociant en vin corrézien déjà installé dans le quartier des Chartrons.

Aujourd’hui c’est le petit-fils de Jean, Jean-Antoine Nony, qui est aux manettes de la propriété, officiellement gérée par sa mère, Françoise. Âgé de 35 ans, après avoir obtenu un BTS commerce des vins et un diplôme universitaire d’aptitude à la dégustation, Jean-Antoine a fait ses armes au château et observe avec une acuité toute particulière la façon dont son père a mis en ordre de marche cette propriété qui produit 55 000 bouteilles de grand vin et 15 000 de Filia de Grand Mayne, le second vin de la propriété, autrefois baptisé « Les Plantes de Grand Mayne ».

Des voisins en exemple

Des sommes colossales ont été investies dès 1990 dans un chai souterrain en béton, à une période où le départ de la course à l’armement n’avait pas encore été donné. Tous les bâtiments qui entourent le manoir ont été construits ou reconstruits. Un travail important a également été accompli sur la vigne avec, notamment, des réencépagements qui préservent la prédominance du merlot (75%, avec 15% de cabernet franc et 10% de cabernet-sauvignon). « Et on travaille avec Michel Rolland depuis 1973 », glisse Jean-Antoine Nony à l’attention de deux personnes qui découvrent tardivement la présence du « winemaker devenu star.

Et maintenant ? « La concurrence est rude. Nous avons face à nous de plus en plus de groupes, mais mon projet est d’être premier grand cru classé. Il faut gagner encore en excellence, gagner en grain de tannin et en finesse, précise Jean-Antoine. Nous sommes passés très près lors du classement de 2012. Nos faiblesses ? Nous avions un déficit en matière de notoriété et de prix. »

Côté notoriété, Jean-Antoine entend bien marquer davantage le terrain. En acceptant la présidence de l’association Bordeaux Oxygène, qui rassemble une vingtaine de jeunes futurs héritiers de propriétés majeures à Bordeaux, il affiche clairement sa volonté d’occuper le paysage. Comment réussir ? « Je veux m’inspirer de Stephan von Neipperg, d’Hubert de Boüard, de Juliette Bécot, de Mathieu Cuvelier… » Deux grands et illustres voisins et deux jeunes amis qui culminent parmi les premiers. Confidence de Jean-Antoine Nony : « On essaiera de faire aussi bien qu’eux. »

Rodolphe Wartel