Ci-dessus : Matthieu Rozel et Henri Bour photo F. Hermine)
Ci-dessus : Matthieu Rozel et Henri Bour photo F. Hermine)

Une décennie après le changement de nom, l’appellation Grignan-les-Adhémar a restructuré son vignoble, valorisé ses bouteilles et fait un joli bond qualitatif en blanc comme en rouge. Les ventes de rosés et BIB, en drive et en livraisons à domicile, ont permis de maintenir l’activité de quelques domaines pendant le confinement.

“Nous sommes une AOC dynamique et qualitative parce que nous avons du depuis dix ans, prouver une identité et affirmer un positionnement” affirme Matthieu Rozel (Domaine Rozel), le jeune président de l’appellation Grignan-les-Adhémar. Qui se souvient encore des Coteaux-du-Tricastin, l’ancien nom que les opérateurs avaient décidé d’abandonner en 2010, l’ombre de la centrale nucléaire éponyme nuisant sérieusement à leur image et à leurs ventes ? Grignan était déjà utilisé par des vins de pays pourtant quasi-inexistants, et il avait fallu défendre ce nouveau nom à rallonge, pas toujours simple à prononcer, notamment à l’export. Dix ans, plus tard, le pari de la qualité et de la valorisation semble gagné. “Nous sommes passés d’un prix du vrac de rouge de 68 €/hl à 150 € mais ce sont les ventes en bouteilles – 45% des expéditions- qui ont progressé le plus”, précise Henri Bour (Domaine de Grangeneuve), président pendant 15 ans et à l’initiative du changement de cap.

Preuve de la montée qualitative, la hausse des prix avec des bouteilles désormais à 8-10 € qui ont détourné la GD de l’appellation. Les ventes y ont chuté de près de 30% entre 2011 et 2018 pour ne plus peser que 12%, “non par une volonté de notre part de ne plus vendre sur ce circuit mais parce que notre démarche de valorisation n’a pas été suivie par les acheteurs, plutôt en quête de premiers prix”, précise Henri Bour. Qu’importe, puisque l’export a répondu présent avec un bond spectaculaire de 121% sur la même période; Il représente désormais un quart des 6,7 millions de cols vendus chaque année. Le marché chinois accapare à lui seul près de 56% des exportations. Mais face aux difficultés conjoncturelles dans le pays depuis deux ans, l’appellation a recentré ses efforts sur les circuits créateurs de valeur dans l’Hexagone, cavistes et caveaux dans lesquels sont commercialisés près de la moitié des bouteilles.

Restructuration et promotions

Il n’y aurait toutefois pas eu de valorisation sans de gros efforts qualitatifs, collectifs et personnels. A la réécriture du cahier des charges, les rendements ont été revus à la baisse (45 hl/ha pour les rouges et rosés au lieu de 50) et un contrôle qualité obligatoire a été imposé avant la mise en marché. La restructuration du vignoble a conduit à redéfinir l’encépagement avec davantage de cépages du Rhône Nord, syrah et viognier devant constituer 30% des surfaces. La syrah, aujourd’hui 40% des rouges, est devenue le deuxième cépage de Grignan-les-Adhémar derrière le grenache, encore majoritaire (51%), tandis que le viognier s’est imposé en blanc sur 54% des surfaces, en complément de la marsanne, la roussanne, le grenache blanc, le bourboulenc et la clairette. “Il y a 2-3 ans, nous avons réalisé 140 fosses avec l’œnogéologue Georges Truc pour savoir quoi planter et où”, précise Henri Bour. Cette qualification des terroirs en fonction des analyses mais aussi des expériences de la trentaine d’opérateurs (dont 8 coopératives) a complété la redéfinition des cépages dans l’appellation la plus septentrionale du Rhône méridional.

L’AOC produit désormais des rouges plus souples et fruités (75%), des blancs d’une belle acidité et complexes (11%) et quelques rosés (14%) pour élargir la gamme. De quoi séduire la bistronomie et les cavistes lyonnais et parisiens où des actions de promotion étaient prévues respectivement au printemps et à l’automne – mais qui devront être décalées peut-être à l’année prochaine. En attendant, l’appellation a misé sur les réseaux sociaux avec des focus vignerons. Quelques domaines comme Grangeneuve et Montine ont proposé pendant le confinement drive à la cave et livraisons gratuites à domicile en Drôme provençale. Bag-in-Box et rosés ont ainsi permis de compenser dans une moindre mesure l’effondrement des ventes en restauration.

L’appellation compte par ailleurs accélérer les démarches de développement durable. Elle compte déjà 7 domaines en bio et 5 en HVE sur les 32 structures, et souhaite inciter ses vignerons à travailler sur les couverts végétaux, à installer des nichoirs à mésanges et à chauve-souris. Quatre domaines planchent déjà sur l’agroforesterie dans une commission drômoise. Mais Grignan-les-Adhémar mise aussi sur la carte œnotourisme en espérant capitaliser sur l’entrée de Grignan, cet automne, dans le classement des plus beaux villages de France.