(photos M. Boudot)
(photos M. Boudot)

La cave de Rasteau (Antoine Muller) et les domaines du Trapadis (Helen Durand) et des Escaravailles (Gilles Ferran) étaient invités par Terre de Vins à venir illustrer le millésime 2016 avec leurs cuvées sous l’éclairage du géologue Georges Truc et du président des sommeliers lyonnais et de Rhône-Alpes Laurent Derhé.

2016 était un très beau millésime a Rasteau au nord du Vaucluse en Rhône méridional. Il commence à être buvable même si tous les domaines n’ont pas encore sortis leurs meilleures cuvées. L’occasion d’une dégustation de six cuvées d’opérateurs différents, la cave de Rasteau et les domaines du Trapadis et des Escaravailles.

L’appellation rastelienne au nord d’Orange, au-dessus de la vallée de l’Ouvèze, a longtemps produit davantage de vins doux naturels que de vins secs, désormais majoritaires à plus de 95%.L’AOC de 1937 est devenue Villages en 1966 avant de passer en cru en 2010. Avec le grenache comme cépage majoritaire (environ la moitié des surfaces), elle élabore des vins d’assemblage avec également syrah et mourvèdre mais peut aussi contenir carignan et cinsault.

“2016 est le millésime de l’équilibre avec des maturités et des acidités parfaites, estime Gilles Ferran. Nous avions eu un peu de sécheresse mais dans le Rhône sud, c’est habituel chez nous et ça ne pose pas de problème. C’était vraiment un très beau millésime”.

Côté géologie, Georges Truc évoque vers le sud, les plaines et les terrasses alluvionnaires reposant sur des marines sableuses bleues et au nord, les collines avec accumulation de cailloutis d’argile et des versants à orientation variées. “A Rasteau, le pourcentage d’argile est assez élevé. Associé aux cailloutis, c’est un support de la charge minérale, fer, potassium et oligo-éléments qui favorise l’éclosion des tanins, la complexité dans les vins et la richesse élégante. Les cailloutis assurent la perméabilité des sols pour enrichir la réserve et éviter le stress hydrique de la vigne”.

Six expressions d’un millésime

La cave de Rasteau rebaptisée Ortas il y a quelques années et qui s’est mariée il y a quelques mois à Rhonéa bénéficie d’une centaine d’ha sur l’ensemble de l’appellation et du domaine de Pisan, acheté en 2006. Le 2016 du domaine à 50% grenache, 40% syrah (avec un peu d’élevage bois) complétés de mourvèdre (le plus tardif du terroir et le plus septentrional) à des tanins caressants qui restent présents en finale sur des arômes de fruits rouges et noirs bien mûrs, des figues et des notes de garrigue. Avec une volaille fermière lardée par exemple (11,50€). Les Hauts du Village, sélection parcellaire de la cave (pas dans tous les millésimes) en grenache, syrah, mourvèdre presente des tanins fins et tendus, encore fermés (La cuvée n’est d’ailleurs pas encore commercialisée) sur une note toastée et mentholés et une belle matière. (14,50€)

Les Escaravailles ont été fondés en 1963 par le grand père de Gilles Ferran qui avait dû défricher les collines. Le vignoble d’une quarantaine d’ha est le plus haut de l’appellation à 250-350 m d’altitude. Le petit scarabée sur l’étiquette évoque la confrérie propriétaire des lieux au début du XVIIe siècle, les « pénitents noirs » appelés ainsi par les habitants du village. La cuvée La Ponce à 80% grenache assortie de syrah, la première élaborée en 1999 par Gilles Ferran, offre une belle intensité aromatique sur des fruits noirs, une légère note animale et des tanins soyeux et gourmands avec une fraîcheur acidulée en fin de bouche. Avec un carré d’agneau en sauce (12,50€). La cuvée Héritages 1924, en grenache issu des plus vieilles vignes du domaine, a été vinifie en cuves béton pour fondre le fruit sur des arômes d’eucalyptus, de fruits noirs (mûre, myrtille) et de garrigue pour un vin délicat au beau potentiel de garde. Avec un canard aux airelles. (18,50€)

Le domaine du Trapadis d’Helen Durand, familial depuis quatre générations, s’étire sur 35 ha dont 25 en Rasteau répartis sur les quatre terroirs dont deux tiers en plaine. Les Adrès sur les coteaux sud des marnes bleues calcaires de Malalangue est à majorité grenache (80%) avec mourvedre et carignans en co plantation, vinifiés en cuves ciment et vieilles barriques. Des notes poivrées et reglissées teintées de thym et romarin, des fruits rouges compotes et des tanins fins a beau potentiel de vieillissement aux tanins enveloppés. Avec une épaule d’agneau. (16,50€). Le VDN grenat a 90% grenat avec u e touche de carignan est un vin rouge mute issu d’une sélection parcellaire élevé à la fois en cuves et vielles barriques. Un vin soyeux contre sur des notes de bigarreaux et pruneaux a 100 g de sucre, à essayer sur des gibiers, des pâtés persillées ou des desserts au chocolat. (14,50€ les 50 cl).