(photo AFP)
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Valéry Giscard d’Estaing s’est éteint hier soir à l’âge de 94 ans. Avec l’ancien Président, c’est une nouvelle page d’Histoire de la Vème République qui se tourne. Celui qui occupa l’Elysée de 1974 à 1981 était un fin gastronome.

Il fut, jusqu’à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, le plus jeune Président de la Vème République. Né en 1926 au sein d’une grande famille bourgeoise auvergnate, polytechnicien et énarque, figure ambitieuse et brillante de la scène politique française, député du Puy de Dôme dès 1956, il sera Ministre de l’Économie et des Finances sous De Gaulle puis Pompidou, avant d’entrer à l’Élysée en 1974 à l’âge de 48 ans. Bien qu’issu de la droite, il incarne une rupture avec le gaullisme, donnant un tournant plus libéral et “moderne” à la France, agissant pour la construction européenne et introduisant des avancées sociétales majeures lors de son septennat (légalisation de l’IVG avec Simone Veil, majorité à 18 ans), avant de perdre face à François Mitterrand en 1981. Même après sa présidence, il restera un acteur incontournable de la vie politique française, dont il se retirera en 2004 pour siéger au Conseil constitutionnel.

Giscard, malgré son apparence parfois “raide” qui lui valut d’être souvent caricaturé, était un amateur d’art, de culture – il entra à l’Acédémie Française en 2003 – et de gastronomie. En février 1975, il fit venir à l’Élysée, autour de Paul Bocuse, une génération de chefs talentueux (Guérard, Troisgros, Haeberlin, Chapel) pour une grande cérémonie à la gloire de la cuisine française, au cours de laquelle Bocuse inventa la fameuse “soupe aux truffes VGE” qui est encore servie dans son restaurant de Collonges-au-Mont-d’Or. Fin connaisseur des vins français, il était particulièrement amateur de Bourgogne, mais aussi de Château Cheval Blanc, Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion. Son épouse Anne-Aymone, d’origine ligérienne, l’avait converti aux vins de Loire, et notamment aux rouges de Chinon.

Intronisé au Tastevin, défenseur des vins auvergnats

Dans ses mémoires, “VGE” raconte notamment un passage à Beaune et au Clos Vougeot durant lequel il fut intronisé par les chevaliers du Tastevin : “Merveilles de ces vignes, tracées au cordeau, dont les ceps dépouillés de feuilles paraissent dessinés pour des miniatures médiévales”. Dissertant sur les mérites comparés des millésimes 1929, 1949, 1961, 1964, 1966, le locataire de l’Élysée se souvient surtout d’un sentiment de “grattis sableux sous le frottement des paupières” après le repas très arrosé : prétextant la nécessité de relire son discours, il demande à son assistant de le prévenir “un quart d’heure avant le moment prévu pour le départ. J’entre dans la chambre, pousse les volets, m’étends sur le lit et, dans cet après-midi bruissant d’attente et de préparatifs, je m’endors”.
Un autre passage voit Giscard se rappeler avec émotion la sensation du champagne lors d’un retour en hélicoptère vers Brégançon : “Le champagne est glacé et me rafraîchit délicieusement la gorge. Je me rends compte que je mourais de soif. […] Pendant que l’hélicoptère amorce sa descente, je ferme les yeux. Je me sens détendu, avec le goût pierreux du champagne dans ma bouche. Le travail est accompli.”
Dans ces mêmes mémoires, l’auteur raconte les “toasts” homériques exécutés avec le leader soviétique Leonid Brejnev. En ce temps-là, la diplomatie passait aussi par le lever de coude.

Valéry Giscard d’Estaing était surtout très attaché à ses racines auvergnates, qu’il défendra tout au cours de sa vie et de sa carrière politique, ainsi que toutes les spécialités de la région – dont les vins : Saint-Pourçain et Côtes-d’Auvergne avaient ses préférences, sans oublier la toute petite appellation Estaing, en Aveyron, reconnue AOC en 2011 et où la famille de l’ancien Président avait acheté un château monument historique en 2005.