Maison emblématique du vignoble alsacien, le domaine Hugel vient de fêter « ses 375èmes vendanges » avec cette récolte 2014 qui, selon Étienne Hugel, sera un millésime exceptionnel pour le Riesling.

Vignoble familial fondé en 1639 à Riquewihr, le domaine Hugel s’étend sur 30 hectares – auxquels il faut ajouter 100 hectares d’achat de raisin. « Cela représente 1% du vignoble alsacien », souligne Étienne Hugel, l’un des visages de cette nouvelle génération qui perpétue la tradition familiale. 1% en surface, certes, mais à l’international le nom « Hugel » est un véritable porte-drapeau des vins d’Alsace : 93% des vins de la maison sont exportés, dans pas moins de 108 pays. Une réputation qui s’appuie sur un savoir-faire, bien entendu, sur une attention constante à l’évolution des techniques viticoles (conversion bio depuis 2009) mais aussi sur une adaptation aux nouveaux modes de communication, comme en témoigne le site officiel de Hugel, lancé en 1996, traduit en huit langues et riche en informations directes, mais aussi par une forte présence sur les réseaux sociaux. Le site propose non pas une, mais deux versions en chinois ! Un marché auquel la famille Hugel croit fermement, malgré la prééminence actuelle des vins rouges : « la Chine est le premier marché automobile au monde, un jour va venir où ils mettront des bouteilles dans leurs coffres », plaisante Étienne Hugel. Avant d’ajouter, blague à part : « je suis persuadé que la plupart des gastronomies asiatiques se marient magnifiquement avec le vin blanc, et notamment un cépage alsacien comme le gewurztraminer. Mais c’est un long travail d’éducation, aux vins blancs en général, et en particulier aux vins d’Alsace et à leur diversité ».

375ème vendange

A cet égard, le domaine Hugel assume totalement son statut d’ambassadeur. « Nous sommes une maison historique du vignoble alsacien, souligne Étienne Hugel. nous avons beaucoup contribué à la notoriété des vins d’Alsace, en particulier des vendanges tardives, dont nous avons été les pionniers. Les vins d’Alsace souffrent d’un déficit d’image en France : on les trouve beaucoup en grande distribution, à bas prix… Nous nous appliquons à leur rendre leurs lettres de noblesse, et voulons faire savoir qu’il existe en Alsace une grande diversité de cépages, de terroirs, de styles. C’est valable pour le Riesling, qui est selon nous le plus grand cépage de la vallée du Rhin, mais aussi pour un cépage comme le Gewurztraminer, qui avec des cuisines asiatiques, mérite d’être mieux valorisé ».

Forte de cette longue expérience et de sa connaissance pointue des terroirs alsaciens, la famille Hugel a abordé « sa 375ème vendange » avec précaution. « Nous prenons de plus en plus de recul, surtout depuis une dizaine d’années, par rapport à l’influence du changement climatique sur l’équilibre des vins, explique Étienne Hugel. Pendant longtemps en Alsace, on croyait qu’un grand millésime était conditionné par un printemps précoce et un été chaud. 2003 a changé la donne et marqué beaucoup de vignerons. On se rend de plus en plus compte que les étés chauds donnent des vins déséquilibrés, surtout pour le Riesling qui a besoin d’un long cycle végétatif et d’une longue période de maturation. On a tendance à l’oublier, mais dans les années 60, quatre millésimes sur 10 n’arrivaient pas à maturité ! C’est ce qui a le plus changé en un demi-siècle. Et en fait, depuis 2006, nous n’avons pas eu de millésime « moyen ». Ce 2014 compris ».

Une sélection Grains Nobles en Riesling

Justement, quel est le profil de ce millésime 2014 ? « Cette année a été marquée par un hiver exceptionnellement doux, un débourrement et un début de floraison très précoces nous ont laissé penser à une récolte également précoce, comme en 2003. Puis le mois de juillet avec sa pluviométrie record ainsi que le début août, avec ses températures fraîches, ont retardé la maturation. Enfin le mois de septembre, exceptionnel, sec, ensoleillé, pas trop chaud, a permis d’obtenir de très belles maturités avec un bon niveau d’acidité. Cet équilibre est vraiment remarquable, et c’est la marque des grands millésimes. On le remarque particulièrement sur le Riesling : les raisins étaient dans un parfait état sanitaire, sans trace de pourriture grise, et c’est leur belle acidité qui laisse espérer de très grands vins à venir ». Seule ombre au tableau : les rendements à la baisse, pour la deuxième année consécutive (« 45 hl/ha au lieu des 55 hl/ha habituels », souligne Étienne Hugel) et les nuisances localisées de la drosophile suzukii, invitée surprise de ce millésime.

Un millésime 2014 tellement exceptionnel pour le Riesling que le domaine Hugel a même eu l’opportunité de faire des vendanges tardives (autour du 3 octobre, les vendanges ayant duré du 16 septembre au 16 octobre) sur ce cépage – ce qui n’arrive pas tous les ans – et qui vont se traduire par la production d’une sélection Grains Nobles. En revanche, nous aurons une faible quantité de Gewurztraminer en vendanges tardives. Et nous avons pris la décision de ne pas faire de vendanges tardives ou de sélection Grains Nobles dans les autres cépages ». Avis aux amateurs, donc : faites de la place dans votre cave pour le Riesling 2014 de Hugel.

Mathieu Doumenge