Dom Ruinart 2010, qui fera l’objet d’une masterclass à l’occasion de Champagne Tasting ce samedi à l’hôtel Salomon de Rothschild, a été présenté pour la première fois hier à la presse. Terre de vins est allé rencontrer Frédéric Panaïotis, le chef de caves de la maison, pour en savoir plus sur ce dernier opus dont la nouveauté est d’avoir été tiré sur liège.

2010, de l’aveu même du chef de caves Frédéric Panaïotis, a été un millésime plutôt inattendu « Lorsque l’on regarde sur le papier les conditions météorologiques de l’année, on ne parierait pas dessus. Mais à la dégustation on s’est dit waouh ! C’était un équilibre haut perché sur tous les curseurs avec à la fois la puissance, la concentration, la fraîcheur… »

Les pluies sur la fin de la campagne ont en effet entraîné l’arrivée du botrytis. Heureusement cependant, la majorité des chardonnays avaient déjà été récoltés et ce sont surtout les meuniers qui ont subi des dégâts. Cette météo explique la proportion moindre sur ce millésime des chardonnays du vignoble historique de Sillery (10 % contre 18 % en 2009) touchés par « la tourne ». Assemblés à ceux de la Côte des blancs, leur rôle est d’apporter un peu plus de structure. Le phénomène observé n’avait jamais été aussi rapide depuis 1967. « Nous sommes arrivés sur la parcelle la veille, le raisin était magnifique et nous avons décidé de vendanger le lendemain. Le temps était lourd et la nuit a été humide, lorsque nous sommes revenus le matin, le raisin avait cette couleur brune caractéristique ».

La grande nouveauté de ce Dom Ruinart 2010 réside dans l’introduction du tirage liège, faisant suite à des expérimentations entamées par les équipes depuis la fin des années 1990. L’intérêt ? Au-delà d’un vieillissement de cinq ans, le liège offre une meilleure garantie contre l’oxydation. « J’ai rapidement été convaincu qu’on franchissait grâce à ce changement un palier qualitatif, parce que cela pousse Dom Ruinart dans une direction que l’on aime bien, en préservant la fraîcheur et en offrant une jolie réduction ». A la dégustation, on s’aperçoit en effet que par rapport au millésime 2009 tiré sur capsule, le côté grillé/toasté que l’on adore dans cette cuvée ressort décuplé. Quant au gain de fraîcheur, il se manifeste à travers une petite touche mentholée et des notes de pêche juteuse, presque granuleuse alors que le 2009 était davantage sur l’abricot sec. Enfin, la minéralité s’exprime par des arômes qui évoquent l’odeur des rochers chauds mouillés par la pluie. « 2009 a tout livré, il est généreux. 2010, tu sens une espèce de réserve de puissance et de complexité qui va se déployer avec le temps ».

Evidemment, plus le vieillissement sera long, plus le contraste se fera ressentir. A l’appui de cette démonstration, Frédéric Panaïotis nous a fait déguster deux versions du Dom Ruinart 1998, la première tirée sur capsule, la deuxième sur liège. La différence est flagrante. Sur la première bouteille, le champagne a déjà pris des arômes de sous bois, de truffe, un certain enrobage. Sur la deuxième, on est saisi au contraire par la fraîcheur des agrumes encore très éloignés de l’aspect marmelade habituel sur les millésimes anciens. On retrouve en réalité la même différence qui peut être identifiée entre une cuvée tirée en bouteille 75 cl et une cuvée en magnum.

Le caractère plus réductif n’est pas le seul apport du liège. « Lorsqu’on laisse le liège longtemps au contact de l’eau, celle-ci se colore, ce qui montre bien qu’il existe un transfert de composés phénoliques. On sait qu’il y a un apport aromatique du liège dans le vin que l’on identifie bien ici avec cette dimension vanillée et qui ressemble un peu aux arômes que l’on obtient à travers des vinifications sous bois. » Le mariage avec les notes d’amande, typiques du Dom Ruinart, est une réussite totale.

Deux autres nouveautés accompagnent ce Dom Ruinart 2010 : un étui seconde peau dédié à la cuvée dont le design reprend la forme de l’un de ces essors taillés dans la craie, et une expérience œnotouristique disponible à partir de septembre consacrée à la découverte de Dom Ruinart. Elle comprend une dégustation qui se tiendra à l’intérieur d’une crayère spécialement aménagée dans une ambiance qui rappellera certainement les anciennes Thiases, ces confréries secrètes vénérant Dionysos qui se réunissaient dans des cavernes. Les visiteurs dégusteront aussi un repas gastronomique suivant un menu conçu à quatre mains par Philippe Mille et Valérie Radou autour de la cuvée.

Prix recommandé : 230 €


Vous pouvez réserver vos places pour Champagne Tasting ce samedi 7 mai à Paris et pour la master class Ruinart en cliquant sur ce lien.