Ce mardi 30 novembre, Joséphine Baker sera la première femme noire à entrer au Panthéon. Une distinction amplement méritée pour celle qui mettait le feu au public dans les années folles, et qui fut aussi une militante politique engagée tout au long de sa vie. A travers elle, c’est aussi une partie de l’univers du champagne, celui des cabarets et des femmes émancipées, auquel la France rend hommage.

S’il fallait plagier le discours d’André Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin, on aimerait s’exclamer « Entre ici Joséphine et ton joyeux cortège, celui des bulles, de la joie et de la poésie… » Elle incarnait à elle seule la légèreté des années folles, mais une légèreté qui n’était pas dénuée de profondeur. Née en 1906 à Saint-Louis dans l’Amérique ségrégationniste, après ses débuts à Broadway, c’est le Paris très ouvert de l’entre-deux guerres qui a su la révéler. Danseuse, chanteuse, résistante et d’une générosité sans borne (elle avait adopté 12 enfants, issus du monde entier), elle était d’abord une femme libre. Sur les planches du Théâtre des Champs Elysées, puis aux Folies Bergères, elle dansait le charleston, vêtue de son célèbre pagne de bananes en roulant des yeux. Première star noire, son style inimitable inspirait les artistes surréalistes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, aux côtés du pasteur Martin Luther King, elle s’est engagée avec courage dans la défense des droits des noirs aux Etats-Unis.

Sa rencontre avec le monde du champagne était écrite d’avance. Joséphine est d’ailleurs venue à plusieurs reprises en Champagne pour visiter des maisons célèbres qui lui ont ouvert grand leurs portes. En 1934, elle se rendait ainsi chez Moët & Chandon à l’invitation de Robert-Jean de Vogüé qui l’a accueillie avec un vin d’honneur et où, après avoir posé avec la statue de Dom Pérignon, elle a inscrit à côté de sa signature sur le livre d’or cette petite phrase qui résume le combat d’une vie : « Je suis noire ».

 Photo : Collection Moët & Chandon

En 1936, le champagne Montaudon avait conclu avec elle un contrat pour l’élaboration d’un « champagne de premier ordre » qui devait approvisionner son cabaret parisien. Son dernier passage en Champagne daterait de 1951, chez Joseph Perrier et Castellane. Les deux maisons, pour notre plus grand bonheur, ont accepté de nous partager les photos de ce souvenir magique…

Photos : Collection Castellane et Collection Joseph Perrier.