En Champagne, l’openfield ne concerne pas seulement les champs de betteraves, mais aussi les vignes, dont le paysage, surtout en hiver, peut sembler dans certains secteurs un peu morose. La Maison Ruinart a donc décidé de se lancer dans la plantation de haies qui devraient égayer l’aspect des coteaux mais aussi ramener davantage de biodiversité.

Cette semaine, la Maison Ruinart a convié quelques journalistes en Champagne à l’occasion de la plantation de sa première haie. Un projet mené en collaboration avec l’entreprise Reforest-Action qui a déjà réalisé d’autres projets similaires dans le Cognaçais.

La marque poursuit quatre objectifs. Le premier consiste à créer de nouveaux « puits de carbone » ; le deuxième, à reconstituer de la biodiversité en sachant que certains oiseaux ou insectes hébergés dans ces haies peuvent s’avérer d’excellents prédateurs contre les ennemis de la vigne ; le troisième, à réduire l’impact des gelées printanières. On peut en effet gagner deux degrés en agençant de manière intelligente les haies de telle sorte qu’elles coupent les vents froids du Nord-Est. Enfin, la quatrième dimension est paysagère. Il s’agit de casser la monotonie de ces vastes étendues de vignes parfois un peu austères et de retrouver l’aspect que les vignes devaient présenter il y a deux cents ans, souvent complantées d’arbres, même si le paysage n’a jamais été bocager.

La Maison a choisi un vignoble historique à Taissy, planté en chardonnay et en pinot meunier, où elle est présente depuis le XVIIIe siècle. L’endroit se prête bien à cette première expérience : il s’agit d’une propriété d’un seul tenant de 40 hectares, une rareté en Champagne, ce qui permet « d’avoir un projet de biodiversité un peu plus global ». Si ce lundi, il ne s’agissait que de planter une haie périphérique, on envisage la création de haies inter-parcellaires pour lesquelles il sera nécessaire d’arracher quelques plants de vignes, ainsi que celle d’îlots sous la forme de petits bosquets. On pourra ainsi créer des corridors écologiques permettant aux espèces de circuler entre la forêt de Montbré qui borde le haut de la parcelle et ces différents massifs. L’ensemble devrait représenter 4,4 km de haies d’ici 2022.

Le choix des essences n’a pas été laissé au hasard. Elles doivent résister au climat champenois assez rigoureux et au type de sol. La société Reforest-Action n’a retenu que des espèces indigènes. Il est également indispensable d’exclure celles susceptibles d’amener des maladies ou des prédateurs de la vigne (on a notamment écarté les noisetiers et les poiriers). Dans la manière de planter les haies, il s’agit aussi d’être vigilant : autant certaines dispositions peuvent éviter le gel, autant d’autres en orientant mal le vent, peuvent le favoriser. Enfin, il faut veiller à tailler les haies régulièrement pour éviter un déficit d’ensoleillement : une haie de deux mètres provoque de l’ombre sur une profondeur de 6 mètres.

Un mouvement appelé à prendre de l’ampleur en Champagne

Ruinart espère ainsi participer au mouvement collectif d’embellissement du territoire. Le Comité Champagne propose d’ailleurs de son côté depuis une dizaine d’années des subventions pour ce type de plantations (la Maison ne les a pas sollicitées). S’il existe encore peu de projets de haies, le chef de vignes ne désespère pas : « Il y a dix ans encore, les vignes enherbées étaient une exception et on les pointait du doigt, en les considérant comme des vignes mal tenues. La Champagne présentait un paysage lunaire. Aujourd’hui, c’est l’inverse, les vignes non enherbées sont une exception. » Preuve que les mentalités et les paysages peuvent évoluer très vite même s’il faudra évidemment un certain courage aux vignerons pour accepter d’arracher quelques pieds, compte tenu du prix du kilo de raisin.

La maison étoffe aussi sa politique environnementale qui touche désormais tous les domaines. En 2020, elle avait déjà lancé l’étui seconde peau réduisant de 60% l’empreinte carbone liée au packaging. Depuis six ans, elle n’expédie plus de bouteilles par avion, « cela a été l’un de nos plus gros challenges et c’est une décision qu’il faut réussir à tenir, en acceptant de perdre parfois des ventes lorsque l’on n’a pas réussi à anticiper les stocks » confie Frédéric Dufour, son président. Enfin, après avoir obtenu la certification HVE de son vignoble en 2014, Ruinart n’utilise plus d’herbicides depuis trois ans.

www.ruinart.com